AccueilCommuniquéAmazonie Réelle : Une route clandestine menace la région du Trans-Purus, la dernière forêt intacte

Amazonie Réelle : Une route clandestine menace la région du Trans-Purus, la dernière forêt intacte

Auteurs : Philip M. Fearnside, Lucas Ferrante, Aurora M. Yanai et Marcos Isaac Júnior

Une  route clandestine est en cours de construction pour relier la ville de Tapauá, sur la rivière Purus, dans l’État d’Amazonas, à l’autoroute BR-319. Cela menace les territoires des peuples autochtones Apurinã d’Igarapé São João et Apurinã d’Igarapé Tauamirim et le parc national Nascentes do Lago Jari. Une fois construite, la route, déjà visible sur les images satellites en 2007, donnera accès à la forêt intacte de la région de Trans-Purus et la plupart des événements qui suivront échapperont au contrôle du gouvernement. 

Selon le cacique (chef de la tribu) Waldemiro Farias da Silva Apurinã, ce sont des propriétaires terriens qui sont en train de construire la route clandestine, et ce en utilisant des machines appartenant à la mairie de Tapauá. 

Le cacique Waldemiro Apurinã a confirmé le 20/08/20 que la route avance rapidement et que les envahisseurs déboisent à l’intérieur du territoire des autochtones Apurinã d’Igarapé São João. Le cacique a indiqué que les envahisseurs ne sont pas des autochtones et que les autochtones ont très peur de se rendre dans ces zones, car l’exploitation forestière est massive même à l’intérieur des terres autochtones, ce qui met tous les villages en danger. Selon le cacique, les autochtones sont menacé.e.s. 

Lettre de dénonciation au Ministère Public Fédéral

Moi, Waldomiro Farias da Silva Apurinã, chef du peuple Apurinã de la municipalité de Tapauá, située au confluent des rivières Purus et Madeira, je viens dénoncer le génocide annoncé du peuple Apurinã en raison des travaux de réfection de la route BR-319 réalisés par le gouvernement fédéral. Nous du peuple Apurinã n’avons pas été consulté.e.s comme le prévoient la Convention 169 de l’OIT et le décret 5.051/2004, qui établissent que les peuples autochtones qui sont touchés par les entreprises ou par des projets doivent être consultés de manière préalable, libre et informée, et peuvent même opposer leur veto ou participer à la préparation du projet. Le Département national de l’infrastructure de transport (DNIT) n’a pas respecté la Convention 169 de l’OIT, dont le Brésil est signataire, et le décret présidentiel 5.051/2004, en ne consultant pas les peuples autochtones pour ce nouveau projet. 

Seule la maintenance de l’autoroute a déjà provoqué une grande déforestation, l’accaparement des terres et des embranchements qui ont envahi les territoires autochtones de Tapauá et d’autres territoires autochtones de la BR-319. Le DNIT a supprimé les facteurs qui pouvaient protéger la forêt, comme les portails d’inspection, qui étaient auparavant une condition obligatoire. La juge fédérale Jaiza Maria Pinto Fraxe a autorisé le pavage du tronçon du milieu, lot « C », en disant que le DNIT remplissait ses obligations, ce qui n’est pas vrai, car le DNIT a refusé de réaliser une consultation préalable, libre et informée des peuples autochtones, en plus du demi-lot « C » ne présentant pas les études environnementales. Le manque d’études environnementales pour ce tronçon est une préoccupation majeure, car l’impact des travaux sans études environnementales peut affecter l’approvisionnement en eau et la chasse des communautés autochtones à proximité et peut aboutir à l’extinction de ces peuples. Tant la consultation des peuples autochtones que la nécessité d’études environnementales avaient déjà été soulignées par des experts et chargées lors du Forum sur la durabilité de l’autoroute BR-319 organisé par le Ministère Public Fédéral. Cette nécessité a également été soulignée sur le plan technique par les scientifiques dans une étude publiée récemment dans la célèbre revue scientifique Science.

L’autoroute BR-319 donne accès aux terres d’Apurinãs aux envahisseurs, qui ont menacé et intimidé les autochtones ainsi que propagé le corona virus dans les communautés. Ainsi, le peuple Apurinã comprend que la tentative d’accélérer les travaux de la route BR-319 pendant la pandémie par le DNIT et la Casa Civil sans consulter le peuple Apurinã et les autres peuples autochtones qui sont touchés par la BR-319 est une violation majeure des droits humains et un génocide des peuples autochtones situés au confluent des rivières Purus et Madeira pour non-respect de la Convention 169 de l’OIT et du décret 5.051/2004, en exposant plusieurs territoires autochtones aux envahisseurs, aux bûcherons et aux grileiros (accapareurs des terres) et accélérant la contamination des populations autochtones par le coronavirus.

Nous, le peuple d’Apurinã, demandons de toute urgence l’attention du Ministère public fédéral, en particulier les procureurs Rafael Rocha et Fernando Merloto Soave, ainsi que les juges fédéraux qui ont l’obligation d’appliquer la législation brésilienne en vertu du décret 5.051/2004. Ainsi, nous demandons non seulement que to&ute offre de l’autoroute soit annulée, mais aussi que la manutention de la route soit suspendue, jusqu’à ce que tous les peuples autochtones susceptibles d’être touchés soient consultés, comme le prévoient la Convention 169 de l’OIT et le décret 5.051/2004. Les peuples autochtones sont attaqués, nos territoires sont envahis et le gouvernement fédéral a prévu des travaux qui menacent nos terres et notre peuple, ce génocide est déjà en cours et l’existence des peuples autochtones de l’Amazonie dépend du respect de la loi. 

Tapauá, le 25 août 2020

Waldomiro Farias da Silva Apurinã

Cacique Apurinã

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