Article original rédigé par le Collectif national des femmes de MAB
Le 14 août, les tribunaux ont reconnu l’existence d’une discrimination fondée sur le sexe à l’encontre des femmes touchées par la catastrophe du bassin du Rio Doce. La Fondation Renova avait adopté une méthode d’enregistrement qui empêchait la reconnaissance des femmes comme personnes affectées, ce qui a mené à une situation où seulement un tiers des personnes inscrites désignaient des femmes comme principales bénéficiaires. En pratique, seuls les hommes étaient reconnus comme pêcheurs professionnels, ce qui met en lumière une autre forme d’inégalité à laquelle les femmes font face et qui a été soulevée par cette action judiciaire. Il s’agissait de la première fois que des institutions judiciaires reconnaissaient une aggravation des inégalités de genre découlant de ce crime socio-environnemental. Toutefois, la lutte pour l’égalité de genre ne s’arrête pas là. Des efforts doivent encore être déployés afin de garantir que les femmes ne soient pas marginalisées et qu’elles reçoivent des réparations adéquates pour les préjudices subis.
« Les personnes affectées par les barrages hydroélectriques, des études confirment une violation importante des droits des femmes. La première confirmation figure dans le rapport du Conseil national des droits de l’homme, alors appelé Conseil pour la défense des droits de l’homme (CDDPH), publié en décembre 2010 ».
« Les femmes sont particulièrement touchées et rencontrent de plus grands obstacles pour reconstruire leurs moyens de subsistance et leurs modes de vie ; […] elles n’ont généralement pas été prises en compte dans leurs spécificités et leurs difficultés particulières », souligne le document ».
Même avec l’adoption de la politique nationale de sécurité des barrages et de la loi « Plus jamais de boue », instaurant des règles strictes pour les projets miniers, les compagnies continuent d’exploiter leurs barrages et infrastructures sans contrôle suffisant, surexploitant les ressources naturelles et négligeant les communautés locales ainsi que l’environnement. Dans la vallée de Jequitinhonha (Minas Gerais), nous constatons que certaines compagnies minières, avec l’aval du gouvernement, détruisent les sources d’eau de cette région semi-aride. De graves conséquences découlent de ces actions, notamment l’augmentation des maladies respiratoires et mentales ainsi que le réchauffement climatique. En 2023, par exemple, la ville d’Araçuaí a enregistré l’une des températures les plus élevées au monde.
La vie des femmes est particulièrement affectée au-delà des barrages. Cette surexploitation ajoute un poids supplémentaire : l’aggravation du changement climatique et l’intensification des phénomènes extrêmes, comme ce fut récemment le cas au Rio Grande do Sul. Ce sont encore une fois les femmes les plus pauvres qui voient leurs conditions de vie se détériorer, tandis que les entreprises capitalistes réorganisent leurs activités pour préserver leurs profits, leur image et tirer profit de ces tragédies.
Les femmes victime à Brumadinho ont besoin d’une réparation
Les populations affectées vivent une situation d’insécurité alimentaire et hydrique sur leur territoire. L’entreprise Vale ne respecte pas les échéanciers prévus pour la dépollution du fleuve et ne garantit pas l’accès à une eau de qualité et en quantité suffisante. Par ailleurs, les communautés manquent d’informations précises concernant les risques sanitaires associés aux métaux lourds. Elles ne participent pas non plus au Plan de réparation socio-environnementale, prévu à l’annexe II de l’accord conclu entre l’entreprise et les agences étatiques. Cet accord oblige pourtant Vale à réparer les dommages environnementaux, avec un budget initial de 5 milliards de reais, sans limite maximale de dépenses.
Cinq ans après la catastrophe, les études d’évaluation des risques pour la santé humaine et l’environnement (ERSHRE), conduites par le groupe EPA, n’ont toujours pas complété leur première phase. Mandatées par les agences de santé publique et environnementales du Minas Gerais, en collaboration avec les institutions judiciaires, ces études doivent être réalisées par des cabinets spécialisés et financées par Vale S.A. Elles visent à identifier les risques potentiels pour la santé humaine et l’environnement associés à la présence de résidus miniers dans la région, notamment dans les sols, l’air et les eaux de la rivière Paraopeba, ainsi qu’à déterminer les mesures nécessaires pour y répondre.
Cependant, les communautés affectées dénoncent la négligence de l’entreprise et remettent en question la méthodologie utilisée, qu’elles considèrent fragile et insuffisamment fondée sur des bases scientifiques. À ce jour, aucune étude supplémentaire n’a été prévue afin de vérifier ces préoccupations. En mai dernier, les institutions judiciaires ont annoncé qu’à partir de 2025, une nouvelle organisation serait chargée de poursuivre ces recherches. Les personnes concernées réaffirment qu’il est inacceptable que cette entité entretienne un quelconque lien avec l’entreprise responsable de la rupture du barrage, et que ces études soient menées sans la participation des populations affectées.
Par ailleurs, les personnes contaminées ne disposent d’aucun soutien lorsqu’elles présentent des symptômes d’infection. En l’absence d’assistance adéquate, elles continuent d’utiliser l’eau à leur disposition. Les ressources prévues dans le cadre de l’Accord pour la santé sont majoritairement destinées à des infrastructures matérielles, souvent éloignées des communautés touchées. Jusqu’à présent, aucun renforcement des équipes médicales ni investissement dans des soins spécialisés n’a été mis en place pour répondre aux besoins de la population.
« Vale doit fournir des explications claires aux personnes concernées par la contamination de l’eau, de l’air et des sols, et assumer la responsabilité de prendre des mesures efficaces pour réparer les dommages environnementaux, en veillant à la participation des personnes affectées à ce processus. Pour une réparation complète, l’entreprise responsable des dommages, à savoir Vale, a l’obligation de restaurer et de revitaliser la rivière Paraopeba ! Vale doit rétablir l’accès à l’eau potable, à l’air pur, à des sols dépollués, à la végétation et au patrimoine culturel pour les populations touchées ».
De nombreux projets visent à soutenir les femmes
Avant la rupture du barrage, les femmes touchées exerçaient diverses activités informelles, comme l’agriculture et la pêche, qui leur permettaient de générer des revenus et de subvenir aux besoins de leurs familles. Cette indépendance financière est essentielle, non seulement pour assurer la subsistance des ménages, mais aussi pour permettre aux femmes d’échapper aux situations de violence. Dans les programmes de restructuration productive, qu’il s’agisse d’apprendre de nouvelles activités économiques ou de maintenir celles déjà pratiquées localement, il est crucial de garantir des conditions permettant aux femmes de continuer à participer activement à la lutte pour des réparations complètes et d’avoir accès à des projets qui leur sont spécifiquement destinés. Les femmes doivent ainsi constituer une priorité dans les programmes de réparation et de relance économique.
Dans cette perspective, elles revendiquent la création d’un fonds spécifique pour financer des projets produisant des résultats concrets, conformément à l’annexe 1.1. Elles demandent également qu’un montant garanti soit réservé aux activités productives menées par des femmes, reconnues comme essentielles à la subsistance des familles. Les projets communautaires prévus par cette annexe doivent assurer la participation effective des populations concernées et garantir un traitement équitable des femmes dans le cadre du plan de développement du bassin de la rivière Paraopeba.
Il est aussi nécessaire de prévoir des investissements compensatoires en faveur des femmes : renforcer le Réseau de soutien aux femmes dans l’État de Minas Gerais, en ciblant les municipalités touchées ; prioriser les services destinés aux femmes dans les programmes de transfert de revenus ; et intégrer les enjeux liés aux femmes dans les politiques publiques municipales, notamment en matière de lutte contre les violences, d’accès à l’éducation et de garantie des droits des enfants, par exemple par le développement de garderies et de formations professionnelles. Les femmes demandent également le financement de formations aux droits humains et de projets de production d’arpilleras, une technique artisanale utilisée pour exprimer leurs expériences, leurs difficultés et leurs luttes.
Le Mouvement des personnes affectées par les barrages (MAB) œuvre à renforcer la participation des femmes dans la défense des droits des populations touchées. Il cherche à soutenir leur compréhension de ces droits et leur présence dans les espaces de décision. Les femmes affectées sont à la fois victimes et actrices centrales de cette lutte, dans la vie quotidienne des communautés comme dans la mobilisation collective.
Agendas et revendications des femmes touchées par le crime de Vale à Brumadinho
- Applicabilité de la Politique nationale relative aux droits des personnes affectées par les barrages (PNAB). Cette loi prévoit la création de programmes spécifiques destinés aux femmes.
- Reconnaissance et visibilité, de la part des institutions judiciaires, des préjudices et des formes d’aggravation subis par les femmes. Que les institutions judiciaires garantissent une réparation différenciée, le droit à une indemnisation individuelle juste, différenciée et proportionnelle pour les femmes ;
- Annexe 1.1 Approbation de la proposition finale par l’entité de gestion, y compris toutes les résolutions approuvées lors du processus participatif avec les personnes concernées ! Diffusion de la proposition finale aux personnes concernées dans un langage accessible et en assurant la transparence tout au long du processus, y compris la diffusion d’autres propositions si nécessaire.
- Plan de développement et de réparation pour la population touchée du bassin de la Paraopeba et du lac Três Marias, garantissant également un « Plan pour les femmes touchées », avec des conditions pour son exécution, l’approbation d’un Fonds pour les femmes à l’annexe 1.1, avec des quotas pour des projets spécifiques pour les femmes dans tous les domaines thématiques et des incitations pour les projets menés par des organisations et des groupes de femmes.
- Nous exigeons des réparations socio-environnementales qui comprennent l’information, la transparence et la participation des personnes concernées au choix de l’entité chargée de mener les études socio-environnementales, pendant la mise en œuvre des études, dans la diffusion de leurs résultats et tout au long du processus de réparation socio-environnementale.
- Approbation de la politique d’État relative aux services de santé pour les populations touchées dans le Minas Gerais, avec une reconnaissance de la santé des femmes par le ministère de la Santé. Renforcement de la prise en charge de la santé des femmes dans les municipalités concernées, notamment en matière de santé mentale.
- Approbation et application immédiates du Protocole de soins de santé pour la population touchée, afin de répondre d’urgence aux besoins des communautés. Des soins de santé gratuits et de qualité doivent être garantis à la population touchée, incluant, le cas échéant, des examens spécialisés, des soins et des traitements dispensés par des médecins et des professionnels spécialisés, financés par la société Vale.
- Que Vale SA soit tenue responsable de garantir l’accès à l’eau, conformément aux demandes formulées par les communautés, et que des poursuites judiciaires soient engagées pour que Vale soit tenue responsable de son obligation de fournir de l’eau.
Traduit par Yohan Leclerc