Mar 09

Un combat pour l’eau continue à Santa Úrsula face aux grandes entreprises

Article original rédigé par Axel Hernández

« L’eau de pluie pour les maisons, des puits pour les entreprises » : c’est ce que les habitants de Santa Úrsula ont reproché au maire de Coyoacán lors de leur opposition à la Coupe du monde. Ils l’ont accusé d’avoir une part de responsabilité dans le harcèlement policier dont ils ont été victimes lors de manifestations pour défendre l’eau.

Un rassemblement qui s’est tenu sous le pont du stade Azteca, réunissant des habitants, des groupes de Santa Úrsula Coapa et d’autres régions du sud du pays où la Coupe du monde de 2026 sera organisée, avait lieu en même temps que la visite de la cheffe du gouvernement, Clara Brugada, le 22 février.

La résistance à la Coupe du monde s’est manifestée par des manifestations et des graffitis sous le pont et sur des affiches dénonçant la pénurie d’eau, le tourisme excessif et la gentrification des quartiers voisins du stade. Cette manifestation a eu lieu en prévision d’une éventuelle visite du maire Brugada.

Un ballon de soccer en forme de crâne et le slogan « Derrière la Coupe, les charniers » : voilà le message laissé par le rassemblement ce dimanche par des mères à la recherche de leurs enfants disparus dans l’État de Jalisco. Ces dernières ont découvert des fosses clandestines aux abords du stade Acron de Guadalajara, l’un des trois sites mexicains de la Coupe du monde.

Entre l’aquifère et l’eau de pluie, la population est désavantagée

La population de Santa Úrsula a appris la venue de Brugada seulement quelques jours à l’avance. Cela a été rendu possible grâce à l’invitation des bénéficiaires du programme « Récupération des eaux de pluie et chauffe-eau solaires » à l’événement. Cette information a été rapportée par des voisins interrogés.

Un résident de Santa Úrsula, qui a choisi de rester anonyme par crainte de représailles de la part de la branche locale du parti Morena, a confié qu’en plus de l’invitation numérique, certaines personnes ont fait du porte-à-porte pour inviter les gens à participer à l’événement de Brugada. Toutefois, l’assemblée de quartier qui milite depuis plus de six mois pour mettre fin à la pénurie d’eau causée par un développement immobilier incontrôlé n’a pas été consultée.

« Lors de cet événement, Brugada a mis l’accent sur ce qu’il a décrit comme le plus grand projet d’infiltration des eaux pluviales du pays, qui, en plus des systèmes de collecte installés dans les maisons, comprend deux réservoirs de stockage et un « jardin de pluie », qui sera situé juste à côté du passage souterrain que l’assemblée des résidents a revendiqué comme espace communautaire ».

Comme Adolfo Lara un habitant de santa Ursula le mentionne, les programmes comme la récupération des eaux de pluie peuvent contribuer à lutter contre les pénuries d’eau dans les foyers, mais il ne s’agit pas d’une solution à long terme. Il mentionne aussi que « d’un côté, l’eau de pluie est fournie aux ménages, aux personnes régulièrement confrontées à des pénuries d’eau, mais de l’autre, l’eau souterraine est allouée aux entreprises. On leur fait creuser des puits, comme celui du stade Azteca , pour Coca-Cola, ou celui de FEMSA, situé à deux pas du stade, ou encore celui de Bonafont, de l’autre côté de la Calzada de Tlalpan. »

Il met de l’avant que les entreprises ont une part de responsabilité dans l’aggravation du stress hydrique dans le sud de la ville, en plus de la corruption qui ronge les sociétés de construction de grands projets immobiliers. Il a souligné que « les autorités autorisent des promoteurs immobiliers comme Be Grand ou Mantik à creuser des puits privés. Cette politique garantit l’accès à l’eau pour les grands projets et les entreprises, qui profitent ainsi du réseau, tandis que la population est contrainte de dépendre uniquement de l’eau de pluie. À mon avis, c’est une politique absurde. »

La communauté de Santa Úrsula et des villes environnantes au sud de la capitale s’est engagée depuis longtemps dans un combat pour préserver l’accès à l’eau face à l’expansion des projets immobiliers. Cependant, avec l’arrivée de la Coupe du monde, la demande accrue d’eau pour l’événement et les complexes résidentiels voisins menace de détériorer davantage la situation de pénurie dans laquelle les habitants luttent depuis plusieurs années.

Augmentation policière en prévision de la Coupe du monde

La présence de Clara Brugada dans la ville indigène n’est pas passée inaperçue. Les rues ont été nettoyées et de nombreux véhicules de police ont été déployés dans le secteur, démontrant l’importance de la visite de la cheffe du gouvernement et des autres membres du parti, comme Inti Muñoz, secrétaire au Logement, José Mario Esparza Hernández, secrétaire à la Gestion intégrée des eaux (Segiagua), Julia Álvarez Icaza, secrétaire à l’Environnement, et Giovani Gutiérrez, maire de Coyoacán.

Des policiers, sous l’administration Gutiérrez, qui étaient présents sur les lieux ont intimidé un participant en le menaçant d’arrêter pour avoir écrit le mot « gentrification » sur des piliers. Cela a entraîné une réaction en chaîne chez les autres manifestants, provoquant l’arrivée de plusieurs voitures de patrouille arborant le logo de l’arrondissement de Coyoacán. Des agents en uniforme en sont sortis, insultant les manifestants.

« Le maire veut maintenir une image irréprochable, faire comme s’il n’y avait pas de conflit, et c’est pourquoi ils sont venus nous intimider, en prétendant que nous n’avions pas le droit d’être là. Mais ils ont fini par comprendre que nous en avions le droit, et que nous tenons ces réunions sous le pont tous les week-ends », a raconté Adolfo Lara, qui a ensuite expliqué son interprétation de l’agression : « Il est assez paradoxal que, tandis que des policiers municipaux nous interpellaient, les policiers du gouvernement central se contentent de surveiller, sans nous intimider ni nous adresser la parole ; ils sont simplement là pour observer la situation. Nous pensons que c’est surtout le maire qui veut éviter tout conflit susceptible de nuire à son image, et c’est pourquoi ils sont venus, peut-être dans l’intention de nous attaquer ou de nous intimider pour nous faire partir. »

Un policier a demandé aux manifestants de cesser de peindre le pont. Il venait tout juste d’être peint dans le cadre des travaux de rénovation. Cependant, pour les manifestants, cette intervention s’ajoute aux nombreuses présences policières lors de leurs événements. Cela laisse croire qu’une intensification du harcèlement policier à leur égard est à prévoir à l’approche de la Coupe du monde.

Les membres du groupe engagé dans la lutte contre le surtourisme autour du passage souterrain continuent leurs actions. Ils ont organisé une marche jusqu’au ministère du Tourisme le 27 février, au cours de laquelle ils devaient remettre une pétition et tenir un rassemblement politique.

Traduit par Yohan Leclerc

Source : https://desinformemonos.org/en-defensa-del-agua-y-contra-las-desapariciones-la-protesta-en-el-bajopuente-del-estadio-azteca-durante-visita-de-brugada/

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