Fév 25

L’Amérique latine se trouve dans une situation délicate face à l’impérialisme des États-Unis

Article initial rédigé par Shaïl Abdoulhoussen

Depuis l’arrestation de l’ex-président vénézuélien, Nicolas Maduro, Donald Trump continue de menacer et d’intimider Cuba et le Mexique. Il mène également une campagne contre la Colombie, ce qui a suscité des réactions vives dans la région.

« La conférence d’Alternatives le 6 février fut l’occasion d’analyser l’élan impérialiste américain qui s’abat sur le continent latino-américain et les possibles solutions pour soutenir les mouvements progressistes malgré la vague réactionnaire dans l’ensemble du continent ».

« La conférence était animée par David Salvador Hernandez, professeur adjoint à l’Université Saint-Paul, et réunissait Marie-Christine Doran, politologue et professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Rosalinda Hidalgo, anthropologue et porte-parole du Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL) ainsi que Alfonso Ibarra Ramirez, président du Conseil central de l’Outaouais-CSN ».

Ressemblance entre les doctrines Monroe et Donroe

La doctrine Monroe est apparue en 1823 sous l’égide de l’ancien président américain James Monroe. Elle interdit toute colonisation européenne sur le territoire américain. La doctrine Donroe reprend ce concept en affirmant que les États-Unis contrôlent politiquement, économiquement et militairement la région.

Selon Marie-Christine Doran, « la doctrine Donroe dit explicitement que les États-Unis ont le droit d’intervenir dans la vie politique, peu importe la nature de tous les pays dans leur zone d’influence. Cette affirmation, en dépit des règles du droit international, de la souveraineté des peuples et de leur droit à vivre en paix, nous ramène à l’autoritarisme des années 60 à 80. »

Selon elle, les discours de Trump et de Bukele se ressemblent beaucoup. L’offensive autoritaire que mènent actuellement les États-Unis dans les pays d’Amérique latine touche plusieurs nations, dont l’Équateur, qui était auparavant l’un des principaux bastions de résistance aux mouvements sociaux. Cependant, en raison de la crise de la violence liée à la drogue en 2023, l’Équateur s’est progressivement converti au bukelisme.

Le rôle des femmes dans l’essor du populisme

Rosalinda Hidalgo souligne, dans sa présentation, le rôle important qu’a joué la femme dans son processus de mobilisation en Amérique latine. « Elle rapporte des témoignages face à « l’invasion » des États-Unis sur le sol vénézuélien ». Selon elle, les femmes ont participé aux manifestations organisées tant par le gouvernement que de manière autonome dans les quartiers. Elles exercent ainsi des pressions pour que certaines activités économiques et sociales puissent continuer.

« Cette intervention fait suite à une guerre continue qu’elles qualifient de psychologique (par les menaces constantes depuis la prise de pouvoir politique du chavisme), de cognitive (par la diffusion massive de messages sur les plateformes numériques) et d’économique (en raison des mesures de blocus mises en place depuis 2017) ».

Ces agressions sont apparues à cause de la nationalisation de l’industrie pétrolière, qui vise l’autodétermination et l’autonomie des peuples.

« Les médias de l’empire s’attendaient à ce que les gens descendent dans la rue pour célébrer l’enlèvement de Maduro et de son épouse Cilia, mais cela ne s’est pas passé comme prévu », précise-t-elle.

Quatre villes ont subi des bombardements lors de l’intervention américaine du 3 janvier. Contrairement aux cibles militaires attendues, ce sont des institutions cruciales, telles que des écoles et des hôpitaux, qui ont été touchées. Les femmes, quant à elles, ont vu leur charge mentale s’alourdir, ainsi qu’un accroissement de leur soutien émotionnel envers autrui.

Selon ses témoignages, les attaques du 3 janvier sur le territoire vénézuélien n’ont pas donné lieu à une célébration, révélant ainsi l’état d’esprit du peuple, selon elle.

L’influence de la droite en Amérique latine

Dans une entrevue qu’elle nous a accordée, elle exprime son inquiétude devant la montée de la droite en Amérique latine. Originaire du Mexique, elle affirme que des groupes d’extrême droite, financés par l’oligarchie mexicaine, se préparent à faire face aux mouvements sociaux, ce qui n’est pas nouveau.

« Il y a plusieurs dimensions à la droite en Amérique latine : des grandes entreprises et de la classe politique, jusqu’à une partie de la population, incluant des groupes analphabètes ». Selon elle, ces femmes sont particulièrement vulnérables à la montée de l’extrême droite en raison des inégalités économiques qui dominent cette vulnérabilité. L’Argentine de Milei a gagné les élections grâce aux votes de la jeunesse masculiniste et de plusieurs groupes socialement marginalisés. Cependant, la gauche est critiquée pour son inaction, ce qui a suscité de la frustration.

Les réseaux sociaux jouent un rôle dans ce processus. En effet, ces forums sont des espaces permettant de recruter un grand nombre de personnes, mais ils laissent aussi place à de la cyberviolence, comme celle envers les mouvements féministes ou l’opposition politique. Selon l’anthropologue, l’extrême droite excelle dans l’utilisation du capitalisme à des fins manipulatrices.

Les syndicats font face à l’impérialisme en Amérique latine

Alfonso Ibarra Ramirez, président du Conseil central de l’Outaouais-CSN, affirme que les attaques visent les contre-pouvoirs de la démocratie et du mouvement syndical. Il soutient que l’impérialisme est un instrument qui sape l’ensemble du processus politique, en éliminant simultanément les populations et les dirigeants sociaux.

« Il qualifie l’événement du 3 janvier de « hollywoodien », tellement la situation ressemblait à un film d’action et marque une nouvelle ère en termes d’intervention militaire ».

Lorsque cette tragédie a frappé, la Confédération syndicale des travailleurs et travailleuses des Amériques (CSA) s’est rapidement mobilisée pour contacter les syndicats vénézuéliens et s’assurer de leur bien-être. Avec ses 55 millions d’affiliés répartis sur tout le continent, la CSA est souvent l’objet d’attaques, comme en témoigne la montée en puissance de la répression contre les dirigeants syndicaux en Équateur. Au Panama, le gouvernement a également bloqué les comptes bancaires des syndicats centraux et du personnel de leurs dirigeants.

« Cinq stratégies d’attaque contre le mouvement syndical ont été identifiées : la violence directe, les restrictions aux libertés syndicales (limitation du droit de grève, obstacle à la syndicalisation et encadrement extrême de la négociation collective), l’attaque contre les financements syndicaux, la poursuite des politiques néolibérales et enfin la judiciarisation des rapports de travail ».

Selon lui, les populations d’Amérique latine ont déjà vécu les répercussions de l’impérialisme violent, et ceux-ci sont habituées à cela. Chaque crise et chaque attaque contre le mouvement syndical doivent être une occasion de s’interroger.

« On est en mode rattrapage en ce moment, car il y a une prise de conscience comme quoi on ne sera pas capable de s’en sortir juste en mobilisant nos structures ; il faut que les militants et militantes là-bas se sentent aussi concernés que les responsables de ces mêmes structures, sinon on ne s’en sortira pas », conclut-il.

Traduit par Yohan Leclerc

source: https://alter.quebec/lamerique-latine-face-a-la-nouvelle-escalade-imperiale-des-etats-unis/

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