Article original rédigé par La Vía Campesina
« CARTAGENA DE INDIAS, 28/02/2026 – Lors de la séance de clôture de la Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR+20), les peuples autochtones et les mouvements sociaux, représentés par le Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire (CIP), ont publié une déclaration politique forte affirmant leur « unité inébranlable » face aux attaques continues contre leurs droits ».
Les mouvements ont exprimé leur gratitude envers les gouvernements colombien et brésilien pour avoir mis à l’ordre du jour international les discussions sur la réforme agraire et y avoir activement participé. Ils ont en outre souligné l’importance d’une unité entre les gouvernements et les peuples du Sud pour défendre le droit international et les droits de l’homme, compte tenu des attaques impérialistes que l’Iran subit actuellement.
« La déclaration du CIP a réaffirmé que les droits des peuples autochtones et des paysans sont fermement reconnus par le droit international notamment par les instruments adoptés par l’Assemblée générale des Nations Unies, tels que la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (DNUDPO) ». Toute tentative de remettre en question ce droit a été repoussée par le CIP.
L’une des principales préoccupations soulevées était celle de l’assimilation des peuples autochtones à la notion floue de « communautés locales ». Ce terme a été employé à plusieurs reprises dans la Déclaration et lors de la séance plénière. Les mouvements qui reconnaissent l’importance de la Déclaration affirment qu’ils ne peuvent pas l’accepter dans sa forme actuelle. Toutefois, ils s’engagent à y participer activement pour assurer le respect, la protection et la défense de leurs droits.
Les populations autochtones, représentées par des entités au sein du CIP, telles que le Conseil international des traités indiens (IITC). « Souligne que les trois mécanismes des Nations Unies relatifs aux droits des peuples autochtones ont clairement distingué les caractéristiques, les origines et le statut juridique uniques des droits des peuples autochtones, et ont averti que leur assimilation à des communautés non définies compromet ces protections ». Plusieurs communautés, telles que les pêcheurs, les éleveurs nomades, les agriculteurs, les travailleurs ruraux et les communautés mobiles et artisanales, ont exprimé des préoccupations similaires concernant la reconnaissance de leurs droits territoriaux et de mobilité.
La déclaration souligne la nécessité d’une réforme agraire du XXIe siècle qui soit inclusive de tous les groupes, notamment les peuples autochtones, les agriculteurs, les communautés de pêcheurs, les éleveurs, les femmes, les jeunes, les personnes de diverses identités de genre, les communautés afro-descendantes, les agriculteurs familiaux et les travailleurs ruraux. Cette même réforme agraire devrait aller au-delà de la simple redistribution des terres et englober les forêts, les océans, les rivières, les pâturages et les voies de migration. La redistribution, la reconnaissance, la restitution et la réglementation doivent constituer les piliers initiaux de la réforme globale, en prenant en compte la diversité des réalités à travers le monde. De plus, la souveraineté alimentaire et l’agroécologie doivent faire partie des piliers essentiels de cette transformation. Le document émanant du CIP et publié avant la conférence CIRADR+20 expose les orientations et les mesures concrètes pour une réforme agraire révolutionnaire.
La déclaration a pris fin par une invitation à tous les gouvernements à s’engager dans un dialogue sincère sur les droits des populations autochtones, des pêcheurs et éleveurs nomades, des femmes et de l’agroécologie.
« La réforme agraire, la souveraineté alimentaire et la justice sociale, agraire et environnementale ne pourront être atteintes que par la lutte », affirme le communiqué. « Nous retournons sur nos territoires pour organiser notre peuple et défendre l’avenir de nos communautés et de la Terre Mère. »
Le Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire : Qui sont-ils ?
Le Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire (IPC) représente des organisations de petits producteurs alimentaires et de travailleurs ruraux, ainsi que des mouvements sociaux communautaires qui visent la promotion de la souveraineté alimentaire aux niveaux mondial et régional sous une plateforme mondiale autonome et autogérée. Celle-ci regroupe plus de 6000 organisations et 300 millions de petits producteurs alimentaires autogérés. Ils partagent tous les mêmes principes et les mêmes six piliers de la souveraineté alimentaire, tels qu’ils sont énoncés dans la Déclaration de Nyeleni de 2007 et dans son rapport de synthèse.
Le CIP facilite les échanges et les discussions entre les membres de la société civile, les gouvernements et d’autres acteurs concernant la sécurité alimentaire et la nutrition, en offrant une tribune indépendante pour les partis politiques, les institutions, les gouvernements et le secteur privé.
La légitimité du CIP repose sur sa capacité à donner une voix aux préoccupations et aux combats auxquels une multitude d’organisations de la société civile et de mouvements sociaux sont confrontés dans leur travail quotidien de plaidoyer, tant au niveau local qu’international.
Traduit par Yohan Leclerc