Mai 23

« Le rêve s’est transformé en cauchemar », dit le père d’un Vénézuélien détenu au Salvador

Publié par RFI, le 8 mai 2025

« Je ne sais pas si mon fils va bien, s’il est malade, je ne sais pas s’il me mange », confie à l’AFP Wilmer Gutiérrez, le père de Merwil.

Il ne sait pas non plus pourquoi il a été emmené au Centre de Confinement du Terrorisme (Cecot) au Salvador, dans le cadre d’expulsions qui ont suscité un débat juridique aux États-Unis sur l’absence de procédure régulière et les violations des droits humains.

Merwil a été emmené par des agents le 24 février à 23 heures devant la porte de l’immeuble du Bronx où il vivait, après être descendu acheter de la nourriture et s’être arrêté pour dire bonjour à des voisins.

Son père affirme que les agents lui ont demandé le nom d’une autre personne. Après avoir vérifié son identité, l’un des agents lui a dit qu’il pouvait partir, mais un autre a décidé de le retenir, ainsi que deux autres personnes, explique Wilmer.

La dernière fois qu’il a parlé à son fils, alors qu’il était détenu dans un centre au Texas, on lui a dit qu’il serait expulsé le lendemain. Ils ont tous deux supposé qu’il serait expulsé vers le Venezuela.

« Lorsque nous avons appris que ces vols arrivaient au Salvador (…), nous avons pensé qu’il était là-bas (…). Nous n’étions pas encore sûrs, mais nous n’étions pas non plus sûrs qu’il avait été envoyé au Venezuela, parce qu’aucun vol n’allait partir », se souvient ce père de deux filles, âgé de 40 ans. L’une d’entre elles, Wisleydy, se bat pour la libération de son frère au Venezuela.

Jusqu’à ce que le gouvernement des États-Unis publie une liste des noms des personnes expulsées vers le Salvador, sur laquelle figurait son fils, il n’avait aucune certitude.

Le ministère de la sécurité intérieure n’a pas répondu aux messages de l’AFP concernant cette affaire.

« Enlèvement ».

L’administration de Donald Trump a expulsé vers le Salvador 288 immigrés, dont 252 Vénézuéliens qu’elle accuse d’appartenir au gang Tren de Aragua (TDA), en vertu de la loi Alien Enemies Act de 1798.

La semaine dernière, un juge du Texas a bloqué les déportations effectuées en vertu de cette loi, la jugeant « illégale ». D’autres tribunaux les avaient temporairement interrompues.

  1. Merwil avait « l’asile dans les livres », a déclaré à l’AFP l’avocate Ana de Jesus, de l’organisation Inmigración al Día, qui considère que ce qui s’est passé est « horrible ».

Avec d’autres organisations de défense des immigrés, ils envisagent de déposer « un acte de mandamus ».

« Indépendamment de la question de savoir si quelque chose peut être fait ou non, ce que nous essayons de faire, c’est de faire du bruit, d’exercer une pression publique parce que ce qui est fait – ne pas respecter les procédures légales, ne pas nous permettre d’aider nos clients – est tout simplement un enlèvement », déclare-t-il.

L’un des cas les plus controversés est l’expulsion du ressortissant salvadorien Kilmar Abrego Garcia, qui a été envoyé au Cecot malgré une décision de justice empêchant son expulsion depuis 2019.

Pour les membres latinos du Congrès Alexandria Ocasio-Cortez et Adriano Espaillat, la détention de Merwil par les agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) est un « enlèvement ».

« Merwil a été enlevé à son père et à notre communauté sans procédure régulière, sans inculpation pénale et sans ordre d’expulsion émis par un juge », ont-ils déploré dans un communiqué.

Après un voyage périlleux à travers la jungle du Darien, entre la Colombie et le Panama, comme l’ont fait des centaines de milliers de Vénézuéliens sous l’administration de Joe Biden, Wilmer et son fils, alors âgé de 17 ans, sont entrés aux États-Unis le 21 juillet 2023 et ont déposé une demande d’asile.

Son fils, qui a une passion pour « les vêtements et les chaussures », n’a pas non plus « de tatouages », l’un des critères utilisés par le gouvernement des États-Unis pour détenir les membres présumés de la TDA.

« S’ils ont fait une erreur dans ce pays, qu’ils la paient dans ce pays ou qu’ils l’envoient dans leur pays », dit Wilmer, qui, depuis son arrivée à New York, travaille la nuit, comme son fils, dans un entrepôt de colis près de l’aéroport. La nuit de son arrestation, il était libre.

« Ce rêve (de venir aux États-Unis) s’est transformé en cauchemar. C’était magnifique pendant que nous arrivions. La lutte que nous menions », dit-il en cherchant dans son téléphone des photos de son fils prises lors de cette dure aventure. « Regardez son visage de bébé », dit-elle avec un clin d’œil.

« Le rêve américain ne va pas plus loin », dit-elle.

Source : https://www.rfi.fr/es/m%C3%A1s-noticias/20250508-sue%C3%B1o-convertido-en-pesadilla-dice-padre-de-venezolano-detenido-en-el-salvador

 

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