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Femmes en résistance à l’extractivisme

Vingt femmes de nationalité autochtone de l’Équateur ont participé cette fin de semaine aux journées de réflexion “Feminismos Comunitarios en Resistencia frente al Extractivismo Petrolero y Minero” (Féminismes communautaires en résistance contre l’extractivisme pétrolier et minier), qui ont eu lieu à Quito et à Lago Agrio.

Par Alba Crespo Rubio, photos par Lisset Coba

Pendant ces trois journées intenses, des femmes Waorani de Yasuní, Shiwiar de Pastaza, de Saraguro et de la région de Intag, ainsi que des paysannes de Sucumbíos et des citadines ont partagé leurs expériences de résistance à l’extractivisme. De plus, il s’est créé un espace de sororité et de complicité grâce à la présence de Lorena Cabnal, féministe communautaire maya-xinka du Guatemala qui a mené le « toxitur » (visite  des industries toxiques) des exploitations pétrolières et qui a offert des ateliers et des rituels. Cette rencontre en était une de guérison, où ont été explorées plus en profondeur les violences qui affectent le territoire-corps des femmes.

Tournée du Lago Agrio, un territoire affecté par l’extraction pétrolière

La contamination de la terre, de l’eau et de l’air par les produits toxiques rejetés lors des processus d’extraction du pétrole est la cause de maladies, de perte de cultures agricoles, de la destruction d’écosystèmes et de l’intoxication des poissons qui jusqu’à maintenant étaient un moyen de subsistance essentiel pour les communautés de Lago Agrio. Les puits pétroliers, qui se comptent par centaines dans cette zone, empêchent les populations de la région de poursuivre leurs activités quotidiennes et affectent directement les femmes. Ce sont les femmes qui soutiennent la vie grâce à la pêche et aux cultures, l’approvisionnement en eau ou la reproduction.

La Clínica Ambiental de Acción Ecológica (la clinique environnementale d’Action écologique) observe cette problématique et vise la récupération du territoire grâce à des ateliers et  des projets locaux. C’est donc sous l’impulsion de cette clinique que les participantes ont pu visiter différents sites où se déroule l’activité extractive.
Grâce aux témoignages des femmes directement affectées par l’exploitation, les participantes ont pu en apprendre plus et ont pu identifier des éléments communs entre les différentes situations. Par exemple, à Intag les communautés résistent aux pétrolières depuis des années; Dans la région de Yasuní, la population souffre de harcèlement de la part du gouvernement pour exploiter un pétrole de mauvaise qualité au prix de dévaster la jungle encore vierge et les montagnes. Les camarades Saraguro y sont criminalisées et judiciarisées parce qu’elles s’opposent à l’industrie minière de grande échelle, ce nouveau pari productif de la part de l’État.

Durant le «Toxitur», les femmes ancêtres qui habitaient jadis ces territoires alors qu’il était encore libre de violence extractivistes ont été invoquées. Les résistances d’autres femmes et communautés ont également «pris corps». Ainsi, cette tournée fut également sensorielle et rituelle, afin de laisser entrevoir toutes les violences et leurs implications sur les corps qui sont rendus vulnérables par l’arrivée du capital extractif.

La défense du territoire-corps

Le dimanche fut une journée de guérison pour toutes les participantes, modèles de lutte et de résistance sur leurs territoires. Tel que mentionné par Lorena Cabnal qui les accompagnait, la défense du territoire est intriquée à la défense des corps qui vivent sur ce territoire. C’est ainsi ce qui a guidé cette journée : le self-care et la reconnaissance du corps des femmes comme sujet politique, tant des femmes du présent que les prédécesseures qui ont soutenu la vie des générations antérieures.

Dans la matinée, une cérémonie a eu lieu. Un feu a été allumé et nous nous sommes rappelées et avons invoqué les femmes ancêtres, les défenseures du territoire et des droits des Premiers peuples. Cette cérémonie a préparé les participantes à la réalisation de l’atelier. Lorena Cabnal a animé ces deux espaces, permettant aux femmes de s’ouvrir, de raconter et de partager leurs sentis. Elles ont parlé de douleur, de rage, de tisser des complicité et d’appui mutuel face aux différents axes de violences qui les traversent. Elles ont effleuré des histoires d’agression et d’abus continuels qui ont lieu dans les communautés, tout comme le harcèlement et la criminalisation des peuples autochtones en résistance. L’atelier a rendu propice une ambiance de soins physiques et spirituels, se basant sur le concept que pour faire face aux agressions, le bien-être du corps qui recevra ces agressions est indispensable.

 

Les jeunes filles du Guatemala, présentes

De plus, la mémoire récente du féminicide des plus de quarante jeunes filles du «Hogar seguro» (foyer de redressement) Virgen de la Asunción au Guatemala a traversé la rencontre. Cabnal a rendu présentes leurs morts impunies et a fait «prendre corps» le processus de douleur de leurs camarades du Guatemala. Cela a été mis en lien avec le vécu des femmes présentes au Lago Agrio : la conscience de ce que cela implique d’être femme, d’exposer son corps dans la lutte et la résistance et de se savoir unies afin de supporter cette douleur.

Les journées ont été organisées par Red Latinoamericana de Mujeres Defensoras de los Derechos Sociales y Ambientales (Réseau latinoaméricain de femmes défenseures des droits sociaux et environnementaux), Acción Ecológica (Action écologique), l‘Instituto de Estudios Ecologistas del Tercer Mundo (Institut d’études écologiques du Tiers Monde), le Colectivo Miradas Críticas del Territorio desde el Feminismo (Collectif Regards critiques du territoire à partir du féminisme), le Colectivo de Investigación y Acción Psicosocial (Collectif de recherche et d’action psychosociale), le groupe de travail CLACSO sobre Cuerpos, territorios y feminismos (sur les corps, les territoires et les féminismes) et avec la collaboration de FLACSO- Ecuador.