AccueilCommuniquéMouvements sociaux et organisations sociales salvadoriennes condamnent l’agir du Président

Mouvements sociaux et organisations sociales salvadoriennes condamnent l’agir du Président

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Nous condamnons la « tentative de coup d’État » du président Nayib Bukele contre l’Assemblée législative d’El Salvador et l’attaque militaire contre nos institutions démocratiques.

En réponse aux graves attaques contre notre démocratie perpétrées par l’occupation militaire par l’exécutif contre l’Assemblée législative, les organisations et mouvements sociaux signataires expriment à l’opinion publique nationale et internationale ce qui suit:

1. Depuis son arrivée au pouvoir, le président Nayib Bukele a fait preuve d’un style de gouvernement anti-dialogue, antidémocratique et autoritaire qui se manifeste par de fréquentes violations de la liberté d’expression, des restrictions d’accès à l’information, des violations des garanties d’une procédure régulière et une confrontation permanente avec d’autres pouvoirs de l’État. En particulier, nous soulignons les confrontations avec l’Assemblée législative et les partis politiques qui y sont représentés, notamment contre l’Alliance républicaine nationaliste (parti ARENA) et encore plus contre son ancien parti, le Front de libération nationale Farabundo Martí (FMLN).

2. Cette attitude antidémocratique a atteint son point le plus bas la semaine dernière, après que l’Assemblée législative a refusé d’approuver un prêt de 109 dollars pour l’achat de matériel militaire, l’objet du prêt n’a pas été pleinement justifié. Bukele a illégalement fait appel aux dispositions de l’article 167 de la Constitution de la République pour convoquer une session extraordinaire du législatif qui, à notre avis, ne s’applique pas à ce contexte. Selon l’article susmentionné, le Conseil des ministres ne peut convoquer l’Assemblée que dans des moments exceptionnels et des situations d’urgence telles que des guerres ou des catastrophes naturelles et, par conséquent, la convocation du pouvoir exécutif est, dans ce cas, illégale. Cela a été soutenu par des déclarations d’institutions juridiques telles que la FESPAD (Fondation pour l’étude du droit appliqué), le PDDH (Bureau du procureur pour la défense des droits humains) et la FUSADES (Fondation salvadorienne pour le développement économique et social).

3. Tout aussi condamnable est l’appel présidentiel à l’insurrection, tel qu’exprimé par l’ancien avocat des droits humains David Morales; ce droit, consacré à l’article 87 de notre Constitution, est pour le peuple, c’est un droit à invoquer lorsque les dirigeant.e.s violent l’ordre constitutionnel; ainsi, Bukele (un président élu) ne peut pas appeler à l’insurrection. Le peuple se réserve le droit de l’exercer si le président Bukele continue son comportement autoritaire et antidémocratique qui viole l’ordre constitutionnel du pays.

4. Encore plus reprochable est la militarisation, l’occupation violente et la «profanation» du siège de l’Assemblée législative par le président Bukele et ses partisans. Les images de soldats et de policiers envahissant la salle bleue de l’Assemblée législative ressemblent au passé dictatorial et répressif que la démocratie millénaire du président cherche à rétablir. La « performance » de Bukele comprenait une violation flagrante du caractère laïc de l’État. En fait, le président a communiqué avec Dieu d’une manière similaire à Jeanine Añez, la présidente du coup d’État bolivien, qui est entrée au Palais du gouvernement avec la Bible.

5. Les actions du Président Bukele constituent une violation constitutionnelle extrêmement grave. Ils représentent une rupture de l’ordre constitutionnel et donc un coup porté à notre démocratie. Par conséquent, les organisations populaires du Salvador condamnent et dénoncent ce grave revers dans notre histoire nationale. Nous exigeons que cet acte ne reste pas impuni, c’est pourquoi nous demandons au procureur général de la République d’enquêter sur les crimes commis par le président. Enfin, nous exigeons que la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême de justice définit les limites constitutionnelles au président.

6. Conformément à l’appel de diverses organisations et institutions nationales et internationales, nous appelons à des actions qui favorisent un dialogue entre le pouvoir exécutif et l’Assemblée législative. Nous demandons instamment la mise en œuvre des accords nationaux, non seulement en ce qui concerne le financement de la sécurité, mais également l’approbation de la loi générale sur l’eau, la déprivatisation des systèmes nationaux de retraite, l’approbation d’une réforme fiscale progressive, où les gens qui font plus paient plus d’impôts. Enfin, nous exhortons à agir sur d’autres problèmes urgents auxquels le pays est confronté. Des questions qui, soit dit en passant, l’exécutif n’a pas montré d’intérêt, ni insisté pour l’approbation du législatif.

7. Nous demandons au Président Bukele de s’acquitter de son devoir constitutionnel de rechercher la paix et l’harmonie sociale; et de ne pas utiliser le soutien populaire pour les «aventures de coup d’État» et les accès autoritaires. Nous demandons au président Bukele de renforcer la démocratie et d’affronter de manière responsable les problèmes structurels du pays par le dialogue, la participation des citoyen.ne.s, le respect des cadres institutionnels de notre pays et de garantir l’état de droit.

8. Enfin, nous appelons toutes les organisations progressistes, les secteurs démocratiques et la population en général à être attentifs à défendre la démocratie et à exiger des transformations structurelles visant à démanteler le modèle économique néolibéral actuel.

Organisations nationales signataires:
Alianza contra la Privatización del Agua, Mesa por la soberanía alimentaria, Movimiento de ONGs para el Desarrollo Solidario de El Salvador Desarrollo de El Salvador, MODES), Mesa Permanente Para la Gestión de Riesgo en El Salvador (MPGR, Junta Permanente para la Gestión de Riesgos en El Salvador), Alianza por la Defensa de los Derechos de las Mujeres Rurales y La Vía Campesina.
San Salvador, 10 de febrero de 2020.

San Salvador, 10 Février 2020.

Photo : Rodrigo Sura (EFE) en El País