InicioComunicadoCompte-rendu de l’action de solidarité avec Temaca.

Compte-rendu de l’action de solidarité avec Temaca.

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Dans le cadre de la Journée nationale et internationale pour l’annulation du barrage el Zapotillo, le CDHAL a répondu à la convocation lancée lors de la 3ème Rencontre internationale des personnes affectées par les barrages et leurs alliéEs, en solidarité avec la communauté de Temacapulín.

Face à l’impunité du gouvernement mexicain et à l’illégalité dans lequel a été initié le projet de construction du barrage el Zapotillo depuis 2006 par la CONAGUA (Commission nationale de l’eau), le CDHAL (Comité pour les droits humains en Amérique latine) a entrepris le 9 novembre 2010 les actions proposées par les communautés affectées. Suite à la sollicitation d’une rencontre avec le consul mexicain, il nous a été possible d’échanger sur l’état de la situation ainsi que sur la responsabilité des autorités mexicaines en bénéficiant du contact direct de la chargée de projet avec la communauté lors de sa participation à l’évènement international.

Le barrage d’emmagasinage d’eau, qui aurait une durée de vie de seulement 25 ans, détruirait le canal naturel de la rivière Verde, affectant directement les communautés de Temacapulín, Palmarejo et Acasico, où habitent 1000 personnes de façon permanente qui se verraient déplacées, et affecterait de manière indirecte près de 15000 personnes par l’inondation de plus de 4816 hectares de terres fertiles desquelles dépendent la vie et la culture des peuples de la région. Ce lieu étant habité depuis le VIe siècle, tout le patrimoine culturel et naturel de l’humanité se voit menacé afin de favoriser les intérêts privés des entreprises des villes de Léon et Guadalajara.

Alors que les barrages ont longtemps été perçus comme des projets de développement durables, le consul du Mexique à Montréal, Edgardo Flores Rivas, s’est surpris de prendre connaissance de tant d’irrégularités concernant la construction. Aussi, il nous a confié que ce cas ne se trouvait pas répertorié dans les rapports archivés relevant de violations des droits humains et qu’avant de nous rencontrer, il a donc personnellement pris contact avec les autorités mexicaines responsables, la CONAGUA. Bien que plusieurs droits fondamentaux ne sont pas tenus en compte par le chef de la Commission, tels les droits à la sécurité alimentaire, à la santé et au travail, il a su reconnaître la violation du droit au patrimoine culturel, notamment concernant la Basilique Nuestra Señora de los Remedios datant du XVIIe siècle. Le consul réaffirmer la perte identitaire d’une telle communauté connue pour ses habitudes religieuses alors qu’on lui fait connaître l’histoire de la silhouette du Christ de la Penita tracée dans le roc de la montagne qui se verrait engloutie par les eaux.

Il nous a paru important de mentionner que les communautés qui se voient affectées ne sont pas contre le développement en soi, mais plutôt qu’ils luttent contre la manière par laquelle ces projets leur sont imposés pour des intérêts externes qui ne correspondent pas aux leurs. D’une part, aucune étude d’impact social et environnemental n’a été effectuée. Pourtant, les alternatives évaluées et proposées par diverses institutions universitaires et scientifiques n’ont pas été prises en compte. Considérant la demande de suspension du projet par la Commission étatique des droits humains de l’État de Jalisco en 2009 (recommandation 35/2009) ainsi que les autres arguments légaux, sociaux, psychosociaux, environnementaux, historiques et scientifiques appuyés par les actions politiques des groupes qui s’opposent au projet, Monsieur Flores Rivas trouvait essentiel de prendre note des diverses violations dirigées à l’endroit des habitants de la région menacée d’inondation. En effet, des personnes habitant le village, des représentants d’organisations opposées au projet, des défenseurs des droits humains et des journalistes ont reçu des menaces portant atteinte à leur vie, criminalisant ainsi la protestation sociale et pacifique des communautés.

Au terme de la rencontre, nous avons remis une lettre adressée au consul exigeant l’annulation du barrage el Zapotillo. Il a reçu cette dernière, appuyée par la signature de plus de 25 personnes, disant que cela lui permettra de rédiger un communiqué dirigé au gouvernement mexicain dénonçant et demandant le respect les droits humains actuellement violés ou bafoués. Il nous laisse savoir que le Mexique est un pays en processus de démocratisation, et qu’ayant souscrit à tous les traités et conventions internationaux, il se doit de favoriser l’intégration d’une culture de droits humains à sa population en passant par la conscientisation. En ce sens, il considère notre rencontre comme une opportunité de se renseigner et d’échanger avec une organisation de droits humains avec laquelle il est intéressé à collaborer pour faire la promotion et la sensibilisation de leur importance auprès de la population mexicaine établie à Montréal.

Pour compléter l’action de solidarité avec Temaca, le CDHAL s’est présenté en date du 10 novembre 2010 à midi devant le consulat mexicain de Montréal afin de prendre une photo avec une pancarte mentionnant : « Les yeux du monde sont posés sur Temaca». Nous avons ainsi sensibilisé quelques passants et les avons invités à se solidariser avec les communautés affectées par le barrage El Zapotillo en signant notre demande au gouvernement fédéral du Mexique de:
1. Annuler le barrage El Zapotillo, dans l’État de Jalisco, au Mexique.
2. Suspendre immédiatement la construction du barrage et le site de relocalisation, et mettre un terme au harcèlement des communautés affectées.
3. Ouvrir un dialogue avec les communautés affectées, des expertEs et la société civile afin de discuter des possibles alternatives au barrage El Zapotillo.

La diffusion de cette action cherche à faire connaître notre opposition à de tels projets de développement abusif qui violent les droits des communautés paysannes en Amérique latine. Nous continuerons à suivre attentivement l’évolution de ce conflit dans l’espoir qu’il ait une issue pacifique, dans le respect des normes internationales, que les autorités mexicaines sont tenues de respecter.