Article original rédigé par Bryan Avelar dans El País.
Le président hondurien Nasry Asfura assure que ces crimes ne resteront pas impunis et annonce le déploiement de l’armée dans les zones touchées.
Une nouvelle vague de violences liées au crime organisé a fait au moins 24 morts au Honduras après que deux massacres se sont produits à quelques heures d’intervalle. Lors de la première attaque, perpétrée jeudi, au moins 19 travailleurs d’une exploitation de palmier africain ont été assassinés dans la municipalité de Trujillo (département de Colón), dans les Caraïbes honduriennes, alors qu’ils se préparaient à commencer leur journée de travail. Quelques heures plus tard, cinq policiers ont été kidnappés puis tués dans la municipalité d’Omoa (département de Cortés), à la frontière avec le Guatemala, alors qu’ils tentaient de capturer un chef du narcotrafic, selon les autorités. Ces événements surviennent quelques jours seulement après l’adoption par le gouvernement de nouvelles réformes juridiques visant à renforcer les sanctions contre le crime organisé et les gangs.
Le président hondurien, Nasry « Tito » Asfura, a assuré que ces crimes ne resteraient pas impunis et a annoncé le déploiement de l’armée dans les zones affectées. De son côté, le secrétaire à la Sécurité, Gerson Velásquez, a indiqué que l’exécutif avait mis en place un « commandement de crise » réunissant les services de renseignement, les forces armées et le ministère public. Il a également précisé que des juges dotés d’une « autorité nationale » pourraient être mobilisés pour poursuivre les responsables. « Peu importe le temps que cela prendra, cela ne restera pas impuni », a-t-il insisté.
Concernant le massacre des travailleurs, les autorités ont écarté la thèse d’un lien avec le conflit foncier historique qui touche la région et ont directement attribué l’attaque au crime organisé. Trujillo fait partie du Bajo Aguán, une région agricole fertile du nord-est du Honduras, au cœur du conflit agraire le plus long et le plus violent du pays, marqué par des affrontements armés autour du contrôle et de la propriété des terres consacrées à la culture du palmier africain. Les médias locaux ont régulièrement fait état d’affrontements et de massacres dans la région, mais jamais avec un bilan aussi lourd.
Concernant l’assassinat des policiers, le ministère de la Sécurité a indiqué dans un communiqué que cinq membres de la Direction policière anti-gangs et contre le crime organisé (DIPAMPCO) avaient mené une perquisition dans une maison du village de Corinto « sans respecter les protocoles institutionnels de légalité, de sécurité et l’accompagnement judiciaire requis ». Au cours de l’opération, « un violent affrontement aurait éclaté entre les criminels et les policiers, ces derniers ayant été submergés par le groupe criminel, kidnappés puis assassinés », a reconnu l’institution.
Les forces de sécurité ont lancé une opération de recherche et de sauvetage, mais n’ont retrouvé que les cinq corps sans vie sur une route secondaire menant à Tegucigalpa, la capitale hondurienne. Selon les autorités, l’opération visait une organisation de narcotrafic dirigée par Heber Noé Argueta Zavala, bien qu’aucun détail supplémentaire n’ait été fourni à son sujet.
Après l’échec de l’opération, le directeur et le directeur adjoint de la DIPAMPCO ont été suspendus de leurs fonctions. « Le commandement et le contrôle de cette opération relevaient de l’équipe dirigeante de la DIPAMPCO, qui doit répondre du non-respect des procédures institutionnelles et de ses conséquences », a déclaré le ministère de la Sécurité. Le journal a tenté d’obtenir davantage d’informations auprès du porte-parole de la police, mais n’avait reçu aucune réponse au moment de la publication.
Cette escalade de violence intervient seulement deux jours après que le Congrès hondurien a approuvé, le 19 mai dernier, une réforme du Code pénal augmentant les peines jusqu’à 20 ans de prison pour extorsion et introduisant la réclusion à perpétuité en cas de décès de la victime.
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) au Honduras a condamné le massacre des travailleurs agricoles à Trujillo et a exhorté les autorités à garantir une enquête « rapide, approfondie, indépendante et impartiale », ainsi qu’à protéger les survivants. Dès 2025, le HCDH avait déjà alerté sur l’expansion des organisations criminelles dans le Bajo Aguán, soulignant que « la violence perpétrée par ces groupes a provoqué des déplacements forcés, mis en danger les communautés rurales et porté atteinte à l’exercice des droits humains ».
La Conférence épiscopale du Honduras s’est également exprimée dans un communiqué exigeant que toute la lumière soit faite sur ces crimes. « Nous exprimons notre condamnation la plus ferme de ces actes et d’autres similaires. En tant que pasteurs de l’Église et membres de cette communauté, nous ne pouvons accepter des justifications superficielles face à des faits aussi horribles », ont déclaré les évêques.
Le Honduras demeure le pays le plus violent d’Amérique centrale, avec un taux de 27 homicides pour 100 000 habitants, et reste un maillon clé des routes du narcotrafic empruntées entre la Colombie et les États-Unis. Bien que le cartel des Cachiros ait historiquement opéré dans la région, des sources policières ont récemment alerté sur l’influence croissante du puissant cartel mexicain Jalisco Nouvelle Génération (CJNG).
Traduit par Émile Bureau et Romane Norgeot-Neuhut.