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Agression par des policiers fédéraux envers des civils de Tlapa, au Guerrero

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À qui de droit,

Le Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL) est un organisme canadien qui, depuis 1976, s’occupe de veiller à la situation des Droits Humains en Amérique Latine. Par la présente, nous désirons vous communiquer notre profonde inquiétude et dénoncer les évènements ayant eu lieu le 7 juin dernier dans la ville de Tlapa de Comonfort, dans l’État du Guerrero, au Mexique, dans le cadre de la journée électorale. Suite à l’échec d’une opération de la police fédérale mexicaine, celle-ci a ouvert le feu sur la population et l’a violemment réprimée.

Selon nos sources, vers 14h30, deux patrouilles de la police fédérale, matricules 1699 et 1566, accompagnées d’au moins 24 renforts, sont entrées par effraction de façon arbitraire dans les bureaux de la Coordinadora Estatal de Trabajadores del Estado de Guerrero (CETEG), dans la ville de Tlapa de Comonfort, située dans la colonie Tepeyac. À côté de ces bureaux se trouve la Delegación Regional de la Montaña de Servicios Educativos de la Secretaría de Educación de Guerrero (ESG), où a été violemment détenu, et ce, sans mandat d’arrestation[1], un groupe de professeur.e.s formé de six hommes, deux femmes et un mineur: Juan Sánchez Gaspar, Pablo Abad Díaz, Julián Ayerdi Chavelas, Raúl Sierra de Jesús, Francisco Ortega Vicente, Ángel Basurto Ortega, Agustina Luna Martínez et Herlinda Iturbide Pinzón.

Suite à l’arrestation des professeur.e.s, environ 35 agents de la police fédérale, à bord de trois patrouilles, se sont également rendus à la colonie Tepeyac avec l’objectif de perquisitionner les installations de la CETEG et de s’emparer de deux camionnettes de la Coordinadora, grâce à deux grues appartenant à l’État. Après avoir été témoins du caractère arbitraire des évènements, plusieurs personnes de la colonie voisine sont sorti.e.s dans la rue et ont demandé aux policiers de justifier leurs actes. L’altercation a pris une telle ampleur que, face à la scandaleuse arrestation arbitraire et la perquisition des bureaux de la CETEG, les habitant.e.s de la colonie ont empêché le groupe de 35 policiers fédéraux de quitter les lieux. Ils les ont avertis qu’ils ne les laisseraient pas partir tant et aussi longtemps que resterait détenu le groupe de professeur.e.s qui était, pendant ce temps, transféré dans un hélicoptère de la Marine à la ville de Mexico.

Vers 15h30, en réponse à la prise en otage des policiers, la police fédérale a déployé un lourd effectif où des centaines d’agents ont maintenu la population assiégée pendant deux heures. Nous savons que la CETEG était arrivée à un accord avec les autorités fédérales, stipulant que les détenu.e.s seraient retransférés à Tlapa et qu’une fois arrivés, les policiers seraient libérés.

Selon l’information rendue publique, les policiers retenus ont été amenés à la Chapelle de la Colonie Tepeyac vers 18h30, afin de les protéger de groupes externes à la Colonie. À l’intérieur de la Chapelle se trouvaient également des femmes, des jeunes, des enfants qui s’y réfugiaient en attentant que les accords entre la CETEG et les autorités fédérales se consolident.

Malgré cela, vers 20h00, la police fédérale a réactivé l’opération policière et s’est introduite dans la Colonie, violant ainsi les accords qui avaient été établis entre le gouvernement fédéral et les professeurs de la CETEG. Durant cette opération policière, des armes à feu, des gaz lacrymogènes ainsi que d’autres types de gaz ont été utilisés, terrorisant les familles qui étaient en attente de nouvelles quant au retour des membres de leur famille détenue. Plusieurs témoignages parlent de la possible participation d’effectifs de l’armée du 27e bataillon d’infanterie, dont le siège est à Tlapa.

Nous savons que, lors de cette opération déployée de façon disproportionnée par la police fédérale, des effectifs de la police auraient fait irruption dans des résidences privées en intimidant les familles de la colonie Tepeyac à l’aide de gaz lacrymogènes, causant un nombre inconnu de blessés et de personnes en état de choc.

Malheureusement, nous avons été informé.e.s qu’au moins quatre personnes auraient été gravement blessées et une personne assassinée par balle : le jeune Antonio Vivar Dias, étudiant de l’Universidad Pedagogica Nacional (UPN), dans l’Unité 12-D de Tlapa de Comonfort.

C’est dans ce contexte que nous vous exhortons à :

1. Garantir l’intégrité de la population de Tlapa et des personnes détenues dans les installations de la CETEG par la police fédérale;

2. Mener une enquête indépendante, rapide et efficace de tous les faits survenus le 7 juin, en particulier concernant l’assassinat du jeune Antonio Vivar Diaz, et juger les responsables de ces évènements;

3. Initier les poursuites administratives et judiciaires contre les autorités fédérales et celles des États qui ont manqué à leur devoir de prévenir de façon raisonnable ces violations graves aux droits humains;

4. Garantir une attention intégrale, soit médicale et psychologique, des personnes blessées;

5. Établir la vérité et réparer intégralement les dommages causés aux victimes et à leurs familles.

Nous vous remercions de l’attention que vous prêterez à nos demandes et nous vous prions de nous maintenir informé.e de toutes les actions que vous entreprendrez.

 

Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL)

Montréal – Québec – Canada

 


[1] Nous soulignons le cas particulier du professeur Juan Sanchez Gaspar qui, après que les policiers se sont introduits de façon arbitraire à son domicile, voisin de l’édifice de la CETEG, s’est fait arrêter dans sa propre demeure. Il est à noter que le professeur Juan Sanchez Gaspar est le père de l’enseignant Juan Leuguin Sanchez qui a été brutalement frappé par la police d’État le 5 juin dernier dans la même ville avec l’appui de groupes armés liés à différents partis politiques.