Mai 28

Au Guatemala, 27 ans après le « Journal militaire », les victimes attendent toujours justice

27 ans se sont écoulés depuis l’apparition du Journal militaire, également connu sous le nom de Dossier de la Mort, l’un des documents les plus bouleversants de l’histoire récente du Guatemala. Ce document a révélé l’existence d’opérations clandestines de renseignement, de persécution, de disparition forcée, de torture et d’exécution de personnes durant le conflit armé interne. Il constitue notamment une preuve de la mise en œuvre d’une politique de disparition forcée ayant conduit à la disparition d’au moins 45 000 personnes.

Aujourd’hui, près de trois décennies après sa révélation publique, nous dénonçons avec une profonde indignation le fait que les victimes et leurs familles continuent d’ignorer le sort de leurs proches et soient confrontées à un système judiciaire lent, entravé et capturé par des intérêts cherchant à garantir l’impunité.

Nous condamnons fermement les retards judiciaires constants, les actions favorisant l’impunité menées par le Ministère public sous l’administration de l’ancienne procureure générale Consuelo Porras, ainsi que les manœuvres dilatoires et les recours abusifs engagés par les avocats de la défense. Ces stratégies ont inutilement prolongé le processus et transformé l’accès à la justice en une véritable course contre le temps. Tandis que les responsables multiplient les manœuvres juridiques pour échapper à leurs responsabilités, les victimes continuent d’attendre vérité et justice.

L’impunité a eu des conséquences irréparables. Plusieurs accusés sont morts sans avoir été condamnés pour les crimes commis, illustrant la manière dont les lenteurs judiciaires favorisent les auteurs de graves violations des droits humains et aggravent la souffrance des familles qui, depuis des décennies, poursuivent leur quête de justice.

Il est inacceptable que, après tant d’années, l’État du Guatemala n’ait toujours pas garanti de réponse effective face à des crimes contre l’humanité imprescriptibles, dont l’enquête constitue une obligation internationale. Bien au contraire, on a assisté à un démantèlement complet de l’unité chargée des affaires liées au conflit armé interne.

Derrière chaque nom figurant dans le Journal militaire se cachent des histoires et des rêves brisés d’un pays plus juste, des familles marquées par la douleur et des communautés entières frappées par la terreur d’État. La mémoire des personnes détenues-disparues exige des actions concrètes et non des discours vides.

Nous exigeons des autorités judiciaires qu’elles agissent avec indépendance, célérité et dans le respect des normes internationales relatives aux droits humains. Nous demandons également que cessent les pratiques qui entravent l’avancement du processus.

27 ans après l’apparition du Journal militaire, nous réaffirmons notre engagement dans la recherche de nos proches ainsi que notre amour éternel pour eux. Nous réitérons que la vérité ne peut continuer à être séquestrée et que la justice tardive constitue une garantie d’impunité.

Les victimes continuent d’exiger justice !

Ni oubli ni impunité !

Jusqu’à ce qu’ils soient retrouvés !

Source : Communiqué conjoint du Caso Diario Militar, de FAMDEGUA, de la Red Europea de Apoyo al Caso Diario Militar, de la Red Internacional de Solidaridad con Guatemala et de la Plataforma Canadá por el Terrorismo de Estado, publié à l’occasion des 27 ans du Diario Militar.

Infolettre