Déc 17

L’Uruguay, territoire dévasté

Publié par Sandra Petrovich, Desinformémonos, le 11 décembre 2025

Mélange à vue d’œil

à l’heure où la réalité brûle

En détresse, coincé

entre sommets distingués et plaines agitées

Mélange à vue

verre d’eau qui déborde

Écrire une note à la fin de l’année 2025, pour transmettre des sentiments et des pensées, mais aussi pour rendre visibles des situations, partager des informations en essayant d’être le plus fidèle possible à ce qui se passe, nous plonge dans un chaos dans lequel nous devons apprendre à naviguer. Souvent, nous devons recourir à une loupe pour voir les petits détails, d’autres fois, nous devons tourner la page pour ne pas être de simples répétiteurs de refrains préfabriqués. Les informations voyagent à la vitesse de l’éclair, sans contextualisation, sans analyse critique, rien !

Dans un article pour la revue ARANDU-UTIC – Revue scientifique internationale – Vol. VII, Numéro 2, 2020, Ricardo Estigarribia Velázquez écrit : Pour le philosophe René Descartes, l’être humain a la capacité de saisir la réalité qui l’entoure grâce à son intuition intelligible ou intelligibilité, car il méprise l’intuition sensible, car il « doute » des sens du corps organique, qui trompent. Il s’agit donc d’une philosophie intelligible – idéaliste par opposition à la philosophie sensible – réaliste.

À l’opposé, il y a la philosophie sensible – réaliste qui nous dit que l’être humain a le raisonnement comme forme de connaissance. Mais il faut tenir compte d’éléments tels que la lenteur et la fastidiosité de ce processus qui est basé sur des données sensibles et intelligibles qui se trouvent dans les choses extérieures à l’humain, dans ce qui est transcendant à l’être humain.

On appelle raisonnement la puissance cognitive lorsque l’intelligence utilise la connaissance indirecte, ou intermédiaire, pour appréhender les choses.

La pensée cartésienne qui nous gouverne est l’anthropocentrisme et l’individualisme moderne, très différents de la pensée aristotélicienne, qui repose sur l’unité corporelle et spirituelle.  On comprend alors que tout être humain doit avoir deux composantes, la composante corporelle et la composante spirituelle. Ainsi, sa connaissance dépend de sa manière d’être. Ce sont précisément ces qualités que la pensée qui nous gouverne sépare pour ensuite les opposer, d’où apparaît et se développe un grand déséquilibre pour la vie de tous.

Dans la philosophie capitaliste libérale, l’idée prime sur les besoins corporels et spirituels de la grande majorité. C’est pourquoi on promeut l’idée d’un consumérisme effréné selon lequel plus on a, plus on vaut. Ainsi, le consumérisme est assimilé à la « liberté », c’est une économie qui favorise le profit maximal pour une minorité et le carburant de cette machine est la corruption.

La pensée capitaliste ne s’intéresse pas à la priorité des besoins fondamentaux afin que les majorités puissent réfléchir, bien au contraire, la seule liberté qui l’intéresse est celle de la libre circulation des capitaux, portant ainsi atteinte à la vie des êtres humains, dont elle fait également partie.

Pourquoi ? Parce qu’elle détruit non seulement des vies humaines, l’environnement, la diversité, mais aussi toute forme de vie. Le capitalisme ultralibéral n’est pas seulement idéaliste, il est aussi idiot et suicidaire.

Cette introduction est nécessaire pour comprendre où va la pensée dominante aujourd’hui, quels sont ses fondements et quelles sont ses conséquences sur nos vies. Comprendre le fondement idéologique du système. Citons les mots qui résonnent le plus : « libre marché », « intrants », « développement », « bénéfices », « ouverture au monde ». Maintenant plongés dans une réalité qui nous coupe le souffle, nous atterrissons dans la réalité uruguayenne, avec un gouvernement progressiste et des politiques extractivistes, partageant les idéaux du grand capital, l’admiration pour les politiques économiques de Milei ou la tentation de penser à Bukele lorsqu’il s’agit de politiques de sécurité. Aucun changement, mais un approfondissement des politiques néolibérales et, pour couronner le tout, la complicité avec l’État d’Israël.

Le combo complet pour contribuer au chaos général d’une société qui perd rapidement pied.

Nous terminons l’année de la pire des façons : avec la signature par le gouvernement actuel d’Orsi d’un contrat avec quatre entreprises pour la prospection pétrolière en eaux océaniques. Nous n’avons rien à célébrer, mais plutôt à réfléchir, à créer, à agir pour changer le cap actuel d’un gouvernement à la dérive. Nous devrons réhabiliter des mots tels que résistance, lutte, organisation. À partir de la base, bien sûr, pour laisser place à la nouveauté.

Ce qui n’est pas là est mort, et l’accepter est fondamental pour renforcer ce qui va arriver.

Heureusement, il existe des universitaires indépendants, des organisations sociales, qui, un peu partout dans les différents territoires, élèvent leur voix pour s’opposer à ces faux espoirs de trouver du pétrole dans les eaux océaniques. On sait que les chances de trouver du pétrole ne sont que de 25 % dans cette recherche, qui impliquera en outre plus d’un millier d’explosions, avec des conséquences irréparables pour la faune marine et la pollution des eaux, dans une zone de réserve naturelle.

Soyons clairs, on sait déjà que les attentes ne seront pas satisfaites, et qu’il ne s’agit pour l’instant que d’une affaire juteuse pour les entreprises qui, de surcroît, n’assument aucune responsabilité pour les dommages qu’elles pourraient causer.

Cela s’ajoute au projet d’hydrogène vert et aux processus de gentrification dans les zones côtières qui détruisent les environnements naturels et déplacent les populations. Sans oublier la monoculture du soja et la reforestation.

Il ne nous reste plus rien, seulement notre dignité face à tant de barbarie capitaliste.

Pour toutes ces raisons, et pour conclure cette dernière note de l’année 2025, nous ne pouvons qu’exprimer notre rejet catégorique de l’anthropocentrisme social ou individuel qui émane de l’idéalisme libéral en tant que moteur d’une culture de la mort. La course aux armements et la militarisation de tous les domaines de la vie, les politiques racistes de haine, l’exclusion sociale, les guerres, font partie du menu de domination et de soumission auquel ils veulent nous soumettre.

Nous sommes tous Gaza ! Il est fondamental de comprendre cela.

Il n’y a ni nuit sainte ni paix ici ni dans le monde, et il reste encore un long chemin à parcourir pour que cela soit possible. C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, il est important d’être ensemble, de nous rassembler et d’insister pour défendre la vie.

Source: https://desinformemonos.org/uruguay-territorio-de-la-devastacion/

 

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