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Une radiographie sur la politique extractive minière au Panama

11 janvier 2016

Par Olmedo Antonio Carrasquilla Aguila
Membre du Collectif des voix écologiques

Il n’y a jamais eu d’exploitation minière responsable, ni durable, ni verte… Une radiographie sur la politique extractive minière au Panama.

Pendant les cinq dernières années, les promoteurs miniers au Panama ont soutenu, voire garanti le fait que les nouvelles technologies et les procédés industriels pouvaient éviter les impacts sociaux et environnementaux négatifs des projets ; et que leur dynamique génèrerait de plus grands bénéfices et une distribution au pays. Cependant, le discours vert, les bénéfices dépassés aux communautés rurales et un État ambigu face aux normes environnementales, représentent désormais un échafaudage obsolète de la déraison et de l’antimorale environnementaliste.

Les institutions financières internationales font actuellement la promotion de l’exploitation minière durable ou responsable, question incohérente du fait que les minéraux sont des ressources non renouvelables, ce qui rend impossible ce type d’exploitation minière. Ce processus revêt toujours un caractère destructeur et même s’il existe des bénéfices pour compenser les dommages, la génération suivante tombe dans la pauvreté et l’incertitude.

Dans ce cadre du débat, des voix surgissent invoquant l’écologie industrielle, comme instrument pour justifier son exploitation. Cependant, les processus d’opération, même s’ils ont maintenant une teinte industrielle durable, ne garantissent pas la réparation des dommages causés aux écosystèmes.

En faisant un survol de la situation au Panama, les réalisations citoyennes pour le bien vivre et la santé sont peu nombreuses face à l’imposition de mégaprojets extractifs, à ciel ouvert, dont les modalités sont exécutées par la composition du sol et du climat de la région. La transformation pour acquérir le matériel métallique, qu’elle soit verte ou écologique, aura toujours dans son esprit l’utilisation de produits chimiques dangereux tels que le cyanure. D’autant plus que les risques et les conséquences de sa production sont accélérés, du fait que le métal est davantage convoité dans les bourses de valeurs du globe.

Selon le Contrôleur Général du Panama, lors du troisième trimestre de 2015, l’économie panaméenne, mesurée par le Produit Intérieur Brut Trimestriel (PIBT), présente une augmentation de 5,6% par rapport à la même période de l’année précédente; et l’exploitation de mines et de carrières se situe comme l’un des meilleurs secteurs, avec l’industrie de la construction, le commerce local, le transport et les communications, l’intermédiation financière, les activités immobilières et les services aux entreprises, l’énergie électrique et les services gouvernementaux. Cependant, cette lecture ou méthode analytique rend visible le fait que notre pays est un producteur minier, sachant que les bénéfices sont invisibles pour les programmes sociaux.

Selon l’Atlas du Développement Humain Local : Panama 2015 du Programme des Nations Unies pour le développement PNUD, un haut développement humain au niveau des provinces et des comtés a été identifié en utilisant l’Indice de Développement Humain du Panama (IDHP) et la Pauvreté Multidimensionnelle, ce qui n’est pas compatible avec d’autres études et avec la situation précaire des communautés affectées par des projets énergétiques et miniers.

Face à cette situation, le mouvement citoyen organisé a dénoncé et manifesté ses exigences contre les entreprises minières pour le manquement à leurs promesses. Tel est le cas de la Coordonnatrice des Organisations Paysannes et Autochtones du Coclesito, qui maintient une lutte légale et environnementale, spécifiquement pour éliminer la concession pour l’exploitation de la mine à ciel ouvert à Petaquilla contenue dans le Contrat loi 9 de 1997, étant évident le dommage écologique dont a souffert le Corridor Biologique Méso-américain composé de rivières, de flore et de faune sauvages. S’ajoutent à cela la détérioration de la qualité de vie par la contamination des rivières qui alimentent les plantes génératrices d’eau potable et un environnement malsain du à l’air impur.

Cette situation met l’Etat panaméen dans l’incapacité à assumer les responsabilités que l’exploitation minière ne respecte pas, violant la législation panaméenne en matière environnementale, comme d’autres engagements économiques et fiscaux, obéissant ainsi aux grands capitaux financiers internationaux, dont les conduites furent évidentes dans les gouvernements qui se sont succedés au pouvoir au Panama. Tel est le cas de l’ex président Ricardo Martinelli, qui est accusé de corruption pour les grandes intentions de s’approprier Minera Panama, et lié au scandale de blanchiment de capitaux à travers l’entreprise Financial Pacific. Egalement des preuves solides ont été amenées par les résidents de la province de Veraguas, à quatre heures de la capitale de l’isthme, quand les entreprises minières Santa Rosa et Remance, dans les années 80, ont provoqué des désastres écologiques et des dommages à la santé des travailleurs et des communautés environnantes.

Cette version peut être répétée pour le cas du projet minier Cerro Quema, dont la résistance paysanne date des années soixante-dix, où sa concession fue approuvée sous un autre instrument légal environnemental (Programme d’Adéquation et de Gestion Environnementale PAMA), où sa mesure et son étude furent très superficielles et s’est appliquée postérieurement la loi de l’environnement 41 de 1998 pour les Evaluations d’impact environnemental (EIE).

Pour le cas de la région arborigène Ngäbé Büglé, on note une victoire contre l’exploitation minière, puis une résistance sociale qui a fait deux morts, blessés et brimés par la répression, sera approuvée la Loi 11 de 2012, qui établit un régime spécial pour la protection des Ressources Minérales, Hydriques et Environnementales dans la Région Ngäbé Büglé, et qui met en marche un programme de développement social. Ce dernier n’a jamais été rempli.

Le registre actuel de concessions ou de contrats de mines métalliques est de 16 et 152 pour les non-métalliques, selon le Ministère du Commerce et de l’Industrie MICI. Ces subventions sont en deçà de la part obsolète de la loi minière qui date de 1963, avec quelques modifications. Avant la mobilisation sociale de rejet et de répudiation envers la corruption qu’elle génère, l’Assemblée de Députés du Panama, dans son nouveau mandat conjoint au président du Panama, Juan Carlos Varela, initia les comités avec des acteurs sociaux, des affectés et des représentants miniers pour un moratoire indéfini qui a cédé la place au débat d’une nouvelle loi minière.

Panama n’échappe pas aux politiques neoextractives, mais avant cela, les communautés rurales et les organisations sociales comme écologiques maintiennent une lutte légale et sociale permanente. Tel est le cas du refus de la réouverture de la mine Remance, dans le forum public pour l’évaluation de l’impact environnemental (EIE) de catégorie III. Dans le même forum ont participé les communautés de San José, Remance, San Juan et Los Hatillos de San Francisco, les membres de la Ecológica, Social y Agropecuaria de Veraguas-RESAVE (Réseau Ecologique, Social et Agricole de Veraguas) et des militants du Movimiento Mesoamericano contra el Modelo extractivo Minero -M4 (Mouvement Méso-américain contre le Modèle Extractif Minier).

Dans le même ordre, pour les effets sociaux et légaux de la mine Cerro Quema dans la province de los Santos, le Ministère de l’Environnement a annulé le forum public convoqué par l’entreprise Cerro Quema filiale de l’exploitation minière canadienne Pershimco Ressources, le 18 avril 2015, car il n’était pas conforme à toutes les étapes avant la convocation.

Le cas Molejón, province de Colón, est paralysé depuis la fin de 2013 pour des problèmes financiers et la compagnie pourrait perdre sa concession qu’elle avait obtenue en 1997, car la concession de Petaquilla enfreignait le Ministère du Travail et du Développement MITRADEL, et avec les engagements convenus avec les paiements et les prestations dus à environ 600 travailleurs qui ont réalisé des grèves et des fermetures de voies publiques dans la province de Coclé. Le montant du au personnel est d’environ 3,8 millions de dollars. Cette mine est suspendue depuis un an pour problèmes financiers, devant à ses travailleurs entre cinq et six quinzaines, en vertu de la maturité des deux termes octroyés par le Gouvernement. Tout cela a ouvert le champ pour la révision de toutes les concessions minières réalisées pendant la dernière administration, surtout en matière de standards environnementaux exigés par la loi.

La région Ngäbé Buglé a également subi un revers, puisque la Cour Suprême de Justice a déclaré inconstitutionnel le Décret Exécutif n° 30 du 22 février 2011 qui interdit l’exploitation de la mine de Cerro Colorado ou tout autre site dans la région Ngäbé Buglé.

Par un jugement du 28 octobre dernier de 2015, la Cour a considéré que le décret violait la Constitution, du fait que le thème des ressources naturelles renouvelables doit être traité par une loi impulsée par l’Assemblée Nationale. Le décret a été publié et signé par l’ex-président Ricardo Martinelli à un moment où avait eu lieu de violentes manifestations à Chiriqui, Veraguas et dans la région de Ngäbe Bugle contre la loi minière.

On entrevoit avec l’actuel gouvernement la continuité des processus extractifs lorsque le président Juan Carlos Varela visite les installations de Minera Panama, où se construit le Projet Cobre Panamá dans le district du Donoso, Colon, en compagnie des représentants du CEO de First Quantum Minerals,dont le coût est de 5 950 millions de dollars. Pendant ce temps, l’extraction de l’or dans la mine Molejón, opérée par Petaquilla Minerals, est détenue depuis la fin de 2013.

Pour conditionner une telle extraction, l’entreprise a inauguré le port situé à Punta Rincón dans la province de Colon, qui constitue un investissement important du projet minier où 6 400 millions ont été investis, ce qui est la plate-forme pour l’entrée de l’équipement qui sera installé dans la mine comme la sortie du cuivre sur le marché mondial. La construction du port a entraîné un investissement de 54 millions qui font partie des 218 millions qui ont été investis dans la région de Punta Rincon. Les travaux furent exécutés par l’entreprise espagnole Sacyr Vallehermoso, qui fait partie du consortium Grupo Unido par le Canal GUPC qui construit le troisième jeu d’écluses. Cette entreprise est actuellement remise en question par les mauvaises gestions des opérations d’extension du canal.

Mais rien n’est moins sur que la production de métaux comme le cuivre, pour lequel le Panama risque de souffrir d’une baisse dans la bourse de valeurs comme l’a souffert le Chili, premier producteur mondial de cuivre, lorsque la Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL) a déterminé que les investissements étrangers directs, en particulier dans le secteur minier, ont chuté de 10% entre janvier et août 2015.

Dans le cadre de la crise climatique, le mouvement socio-environnemental rural ainsi que des organisations éco-sociales sont en train de promouvoir un autre type de développement ou de mode de vie, qui pour sa promotion exige à l’État qu’il reconnaisse leur particularité et de leur autonomie productive, encourageant ainsi le développement culturel comme un mode de vie près de la campagne et en dehors des catalogues du libre-échange.

Le RESAVE est un espace qui rassemble les communautés du bassin de la rivière Santa Maria dans la province de Veraguas, victimes de l’exploitation minière et de l’hydroélectricité. Il encourage les actions sociales visant une production locale et une souveraineté alimentaire.

Ainsi, un grand nombre de communautés rurales et écologiques et des acteurs sociaux, a promu le rejet de l’exploitation minière à ciel ouvert et l’importance de fomenter un meilleur développement humain et écologique. L’éducation relative à l’environnement n’est plus seulement réalisée dans les écoles ou les institutions comme politique de recyclage ; elle sensibilise également face à la crise climatique qui se cache qui est en partie promue par les méga-industries extractives et ses impacts négatifs. Ne pas reconnaître l’histoire des peuples, dans leur production et leur souveraineté alimentaire, c’est condamné l’héritage de ceux qui luttent actuellement pour un meilleur environnement et une meilleure vie.