Publié par Silvia Arana, Resumen Latinoamericano, le 17 novembre 2025
Afin de consolider son projet néolibéral, Daniel Noboa, quelques mois après avoir été élu président de l’Équateur, a convoqué un référendum sur deux points cruciaux : le remplacement de la Constitution progressiste de 2008 et l’autorisation d’installer des bases militaires étrangères dans le pays ; ainsi que deux autres questions visant à réduire le poids du pouvoir législatif et à supprimer le financement public des partis politiques.
La réponse du peuple équatorien a été un NON catégorique.
Un NON à l’installation de bases militaires étrangères. Le référendum ne précise pas le pays concerné, mais fait référence au projet de Noboa d’installer deux bases militaires américaines, l’une à Manta – où se trouvait la base fermée par le gouvernement de Rafael Correa en 2009 – et l’autre à Salinas (toutes deux sur la côte).
Un NON au remplacement de la Constitution de Montecristi (2008), l’une des constitutions les plus progressistes au monde, qui garantit les droits de la nature et reconnaît que l’Équateur est un État plurinational.
Un NON à l’affaiblissement du corps législatif unique qu’est l’Assemblée équatorienne. Et un autre NON à la suppression du financement public des partis politiques.
Le NON a été le mot d’ordre des mouvements sociaux, principalement du mouvement écologiste qui a travaillé d’arrache-pied pour dénoncer les tentatives de bafouer les droits de la nature garantis par la Constitution de 2008. Comme l’a expliqué Alberto Acosta, président de l’Assemblée constituante (2007-2008) : « Lorsque nous protégeons la nature, nous la considérons comme une condition fondamentale de notre existence et, par conséquent, comme le fondement réel des droits collectifs et individuels à la liberté ».
Le NON a été le mot d’ordre du mouvement autochtone, en défense de la Terre Mère, en opposition au plan économique néolibéral et à l’autoritarisme du gouvernement. Rappelons qu’en septembre et octobre, la grande mobilisation autochtone contre la hausse du prix du carburant et du coût de la vie a été violemment réprimée. Trois membres de la communauté sont morts sous les coups des forces répressives et beaucoup d’autres ont été gravement blessés.
Le NON a également été le mot d’ordre du principal parti politique d’opposition, la Révolution citoyenne.
Derrière le mot d’ordre du NON, des artistes et des jeunes se sont mobilisés en organisant des performances sur les places et dans les rues, en chantant des chansons, en tournant des vidéos, en dessinant des caricatures, en prenant des photos, en réalisant des fresques murales et des peintures. Le mouvement pour le NON a vibré d’une énergie renouvelée et d’un enthousiasme pour la défense de la nature, de l’ensemble du pays et de sa population, de la côte à la montagne. Au-delà du référendum, cette présence des nouvelles générations qui font irruption dans la vie politique et sociale est le meilleur présage d’un avenir meilleur dans toutes les régions du pays.
On peut se demander comment Noboa a pu surestimer à ce point sa force politique en organisant un référendum qui, au lieu d’élargir sa marge de manœuvre, l’a considérablement réduite. Le parti au pouvoir devra revoir sa stratégie.
D’autre part, le rejet populaire exprimé dans les urnes à l’égard des réformes néolibérales impulsées par le gouvernement de Noboa crée les conditions idéales pour l’émergence d’un Front large d’opposition capable d’unir ses forces dans la résistance, en donnant la priorité à ce qui les unit – la préservation de la nature et de la souveraineté nationale, entre autres – et en reléguant au second plan leurs différences.
Ainsi, au rythme d’un NON retentissant, se dessine un avenir meilleur : la possibilité de former au cours de la prochaine étape un front large, englobant les différents mouvements sociaux et politiques, capable de formuler un projet économique qui profite à la grande majorité tout en préservant la nature dans le cadre d’un État plurinational. Cela permettra de rétablir la paix sociale dans un Équateur en proie à des troubles. Un pays et un monde meilleurs sont possibles.