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Territoires d’exploitation minière à ciel ouvert contestée au Pérou

Au Pérou, il existe au moins 145 conflits socio-environnementaux, représentant plus de 68 pour cent de la totalité des conflits sociaux dans le pays. Cet indice élevé est associé aux tensions ouvertes par les projets extractivistes imposés par le néolibéralisme. Diverses autorisations de l’État, en faveur de compagnies transnationales et locales, ont été accordées en marge de la volonté des communautés et des peuples affectés. Elles ont déterminé une expansion des concessions minières qui atteint 20% du territoire national. Rien qu’en Islay, province dans laquelle le projet Tia Maria s’est développé à la charge de Southern Copper-Grupo México, plus de 85% du territoire est concédée à des privés.

À ciel ouvert : Las Bambas, Tia Maria et Toromocho. Là où s’installent les mégaprojets, le pouvoir corporatif a provoqué de violents conflits en imposant ses règles de coexistence ou des formes de destruction écologique. Las Bambas est le plus grand investissement minier qui existe au Pérou, et il est entre les mains du consortium chinois MMG, qui couvre une superficie de 33 mille 200 hectares pour l’imminente exploitation minière de cuivre et de molybdène à ciel ouvert, dans le département andin du sud de Apurimac. Après une décennie de négociations, l’acceptation initiale du projet a été remis en question en raison de la modification de l’étude d’impact environnemental en pleine phase de construction de la mine, ce qui suppose le transfert d’une usine de molybdène à la tête du bassin de la rivière Challhuahuacho, l’élimination d’un pipeline en échange de la circulation de 125 camions par jour, ainsi que l’exclusion de plusieurs communautés autochtones à identifier les zones d’impact du projet.

Ces changements apportés sans consultation ni participation des communautés affectées ont été le déclencheur d’une manifestation massive en septembre dernier. Une mobilisation de 10 mille autochtones a été réprimée par la police pour protéger le campement minier et désarticuler la demande sociale. Le résultat des affrontements : trois villageois morts, quinze blessés par balles et des dizaines de détenus qui n’ont pas été interrogés dans leur langue d’origine (le quechua), ainsi que la déclaration de l’état d’urgence, après l’intervention militaire. À ce jour, le dialogue avec le gouvernement n’a pas eu de résultats.

En parallèle, les agriculteurs de la Valle del Tambo exigent l’annulation du projet Tia Maria, qui comprend deux sites miniers ciel ouvert pour un total de 650 millions 715 000 tonnes de cuivre, car il affecterait de manière irréversible cette importante source productive de la chaîne alimentaire du sud. L’antécédent est la première étude d’impact environnemental présentée par la compagnie en 2009 ; après une consultation populaire dans les localités de Cocachacra, Punta de Bombón y Deán Valdivia, 80 pour cent a rejeté le projet minier et sa prétention à utiliser l’eau du bassin. Jusqu’en 2011, l’étude environnementale a été rejetée par le Ministère de l’Énergie et des Mines (MEM) en raison des 138 questions de l’UNOPS, entité des Nations Unies qui a fourni des services techniques pour l’évaluation.

Au cours de 2015, des manifestations intenses ont eu lieu car le MEM a approuvé une nouvelle étude d’impact environnemental, sans évaluations externes, ni la participation des personnes affectées ; la journée a pris fin après une répression policière injustifiée, avec un appui militaire. Alors que le projet prévoit maintenant l’utilisation d’eau de mer dessalée, la population dénonce des impacts qui seraient irréversibles. Southern Copper-Grupo México figure parmi les dix compagnies extractives du pays qui provoquent le plus de dommages environnementaux ; elle est également contesté pour le projet Los Chancas dans le département d’Apurimac, en raison de l’affectation des terres et de l’omission étatique d’une consultation préalable de la communauté paysanne de Tapayrihua, depuis 1998.

La grande exploitation minière dans les Andes péruviennes cause également la disparition de villes entières. Il ne s’agit pas d’un conte magique, la première est arrivée avec Cerro de Pasco, une ville historiquement liée à l’exploitation minière depuis ses origines ; en raison de la pollution élevée, qui affecte la santé et détériore les logements et infrastructures, la Loi 29293 de 2008 a prévu le transfert de cette ville qui accueille plus de 65 mille habitants. Aujourd’hui, la même chose se produit avec la ville de Morococha dans la province de Yauli, département de Junín : le projet minier Toromocho, mis en œuvre par la compagnie transnationale Chinalco, comprend une autre mine à ciel ouvert, destinée à traiter 117 mille 200 tonnes de minerais (cuivre et molybdène) pendant 36 ans, et a conduit au transfert de la ville dans son ensemble. Cependant, les familles qui ont résisté à cette mesure ont subi des pressions en leur coupant les services d’eau et l’électricité. En 2014 et 2015, ils ont dénoncé le fait que les conditions de transfert violent leur intégrité et leur santé. L’archevêque métropolitain, Pedro Barreto, a attiré l’attention sur les conditions de surpopulation dans les abris temporaires de transfert à Morococha Nueva. L’attente de développement est devenu un exode à l’incertitude.

Et la consultation préalable des peuples autochtones ? Le Décret de la Réforme Agraire de 1969 prévoit le changement de dénomination des communautés autochtones à communautés paysannes pour mettre l’emphase sur cette nouvelle relation de propriété sur la terre. Mais après vingt ans l’entrée en vigueur de la Convention 169 de l’OIT au Pérou, aucune concession minière en territoire autochtone andin n’a été consultée avec les communautés affectées, en dépit de la mise en place du premier acte étatique pour l’activité minière. À ce rythme, plus de 48 pour cent des terres des communautés paysannes ont été concédées sans information adéquate.

La Loi 29785 a été promulguée en 2011 comme un supposé mécanisme d’application du droit à la consultation ; cependant, l’application de ce droit collectif a été bloqué par le pouvoir corporatif et le gouvernement. Le président Ollanta Humala lui-même a déclaré sur TV Pérou que l’identification des peuples autochtones se réduirait aux communautés non liées à la forêt péruvienne. Après la loi, bien que certains blocs pétroliers aient fait l’objet de consultations dans les territoires de communautés amazoniennes, elles se sont réalisées à des phases avancées de l’investissement dans les hydrocarbures. Pendant ce temps, dans le secteur minier, le gouvernement a récemment initié deux consultations des communautés paysannes, avec des lacunes semblables et avertissant à chaque fois que ce droit ne génère pas de résultats contraignants.

Fuite vers l’avant, recul des droits. La tendance à la baisse des prix internationaux des minéraux a motivé des réformes juridiques qui rendent plus flexibles les standards environnementaux pour attirer davantage d’investissements. La Loi 30230, par exemple, réduit le rôle des audits et des sanctions en matière d’environnement. L’engagement des gouvernements néolibéraux au Pérou a été clair : le modèle est intouchable, irréversible. Ainsi, la protection de l’environnement et la participation citoyenne deviennent des obstacles bureaucratiques ; le droit à la consultation est réduit à une simple procédure formelle, alors que le droit au consentement, comme une composante fondamentale de l’autodétermination des peuples autochtones, est nié et le territoire est négocié comme une marchandise. Parallèlement, 150 Péruviens ont été arbitrairement exécutés par les forces publiques lors des manifestations sociales au cours des trois derniers gouvernements, et leurs décès restent impunis.

* Walter Vargas, responsable du Département des Droits Économiques, Sociaux et Culturels de APRODEH et membre du Réseau International DESC, poursuit sa maîtrise en Droit Constitutionnels et Droits Humains à l’Université Nationale Majeure de San Marcos.