AccueilCommuniquéRêves de paix brisés en Colombie : le Canada doit agir

Rêves de paix brisés en Colombie : le Canada doit agir

Le 28 avril 2021, une grève nationale éclate en Colombie à la suite d’une réforme fiscale aujourd’hui annulée. Elle se transforme rapidement en une mobilisation populaire de grande ampleur, dénonçant les inégalités sociales extrêmes et la répression policière au pays. Au moins 50 manifestants sont tués, des centaines arbitrairement arrêtés ou toujours portés disparus et des dizaines subissent de graves blessures aux yeux. On rapporte également de multiples cas de violences sexuelles par la tristement célèbre Escouade mobile anti-émeute (ESMAD).

Ces chiffres augmentent chaque jour. Un point de non-retour a été atteint.

La brutalité de l’État colombien envers les protestataires confirme la détérioration croissante des droits humains à travers le pays. La Colombie jouit malheureusement, une fois de plus, de la réputation peu enviable d’être l’endroit le plus dangereux au monde où défendre les droits humains. Considérés comme des obstacles au contrôle des territoires et à l’exploitation des ressources naturelles, les individus qui défendent les droits humains et de l’environnement sont attaqués à leur domicile par les groupes armés qui profitent des mesures de confinement liées à la COVID-19.

Il y a tout juste quatre ans, le gouvernement colombien et les FARC signaient un accord après 60 ans de conflit armé. Cet accord a été salué par le Canada, qui se targue d’être un contributeur important au processus de paix colombien.

Pourtant, le gouvernement colombien ne respecte pas ses engagements pour assurer les processus de paix et le respect des droits humains sur son territoire. L’administration Duque a attaqué à plusieurs reprises le système de justice transitionnel et sous-financé des programmes clés. De plus, l’État colombien n’a pas réussi à instaurer de mesures concertées pour mettre fin aux assassinats des insurgés nouvellement démobilisés et néglige des questions cruciales telles que la réforme rurale, le remplacement des cultures illicites comme la coca, la protection des peuples autochtones et des Afro-Colombiens ainsi que les engagements de l’accord de paix concernant les femmes et les personnes LGBTQ +.

Le Canada se plaît à qualifier d’allié le gouvernement colombien.

Cette année marque le 10e anniversaire de l’Accord de libre-échange entre le Canada et la Colombie. Mis en œuvre malgré une opposition généralisée au sein de la société civile colombienne et canadienne, basée sur des préoccupations selon lesquelles l’augmentation du commerce et des investissements canadiens – en particulier dans les secteurs de l’énergie et minier – pourrait exacerber ou profiter d’une situation des droits humains déjà alarmante. En 2014, des véhicules blindés (VBL) fabriqués au Canada ont été vendus par INKAS Armored Vehicles Manufacturing au gouvernement colombien. Ces mêmes véhicules seraient-ils ceux utilisés actuellement pour réprimer les manifestations pacifiques?

Alors que la Colombie s’enfonce dans une crise politique de plus en plus profonde, les paroles et les actions du Canada en matière de droits humains semblent plus contradictoires que jamais. Le Groupe d’orientation politique pour les Amériques (GOPA) demande donc aux autorités canadiennes d’adopter une approche pangouvernementale cohérente pour faire face à la situation en Colombie. Une telle approche permettrait de mettre à contribution la politique étrangère du Canada, l’aide internationale, le commerce et l’investissement et les programmes d’immigration au profit de la défense des droits humains.

 Le Canada doit utiliser son influence diplomatique pour faire progresser les droits humains et la paix en Colombie. Cela signifie également que le Canada doit se pencher sur la manière dont sa politique étrangère et ses intérêts commerciaux et d’investissement peuvent nuire aux efforts de paix.

 

Source photo : Change