AccueilCommuniquéDéclaration des défenseures IM / 29 novembre: Journée internationale des défenseures des droits humains

Déclaration des défenseures IM / 29 novembre: Journée internationale des défenseures des droits humains

•Nous exigeons que les États respectent l’obligation et la garantie de protection des défenseures des droits humains.
• Nous avons besoin que soient adoptées des stratégies complètes de protection intégrale féministe qui offrent des réponses optimales, adaptées au contexte et aux besoins de sécurité spécifiques des défenseures et de leurs mouvements.

Celedonia Zalazar, Metzli Sarabia, Miriam Rodriguez, Sherly Montoya, Miroslava Breach, Laura Leonor Vásquez, Brenda Domínguez ou les 41 filles de la  » Maison sécuritaire Vierge de l’Assomption  » sont des femmes qui ont été assassinées depuis le 29 novembre 2016 jusqu’en date d’aujourd’hui, pour avoir défendu les droits humains dans des pays tels que le Nicaragua, le Mexique, le Honduras et le Guatemala.

Aujourd’hui, 29 novembre 2017, Journée internationale des femmes défenseures des droits humains, les plus de mille défenseures unies au sein de l’Initiative Mésoaméricaine des Défenseures des Droits Humains (IM-Defensoras), défenseures autochtones, noires, métisses, lesbiennes, trans, rurales, urbaines, adultes et jeunes, diverses dans tous les sens, nous rassemblons sur le chemin de la défense d’une vie digne pour toutes les personnes. Nous unissons notre voix pour nommer d’abord, celles qui nous manquent. Si elles ne sont pas là, nous ne sommes pas toutes présentes.

Entre 2012 et 2016, au moins 53 défenseures ont été assassinées. Dans la même période, selon notre registre mésoaméricain des attaques contre les défenseures, il y a eu 3886 attaques contre des femmes défenseures. Dans sa majorité, soit dans 59% des cas, l’État a été responsable de ces agressions, manquant à son obligation de garantir la sécurité et la protection de ceux et celles qui défendent les droits humains, même dans les cas où des mesures de protection avaient été dictées par la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) ou par des mécanismes nationaux de protection. Les États sont également responsables de la poursuite des attaques, des menaces ou de la diffamation des femmes défenseures par des acteurs tels que les monopoles corporatifs, le crime organisé ou les fondamentalismes religieux.

L’autoritarisme et la fermeture des espaces démocratiques, loin d’être renversés, prennent de l’expansion dans la plupart de nos pays, utilisant la violence et la discrimination contre les femmes comme mécanisme de contrôle social. Les femmes sont dans une situation d’extrême vulnérabilité dans laquelle nos corps et nos vies sont l’objet de toutes sortes de violences: le phénomène de plus en plus aggravé de la féminisation de la pauvreté, la dépossession de terres, la spoliation de biens naturels et communautaires comme l’eau ou les graines, l’exploitation au travail, la traite à des fins d’exploitation sexuelle, les agressions physiques, l’inégalité, l’imposition de rôles et de mandats liés au genre, la criminalisation de l’avortement et du droit de décider de notre corps et de nos sexualités, le viol, les crimes de haine ou les féminicides, parmi tant d’autres. Pour cette raison, dans au moins 37% des agressions enregistrées contre les défenseures, on a pu identifier un composant genre, c’est-à-dire que des éléments d’agression étaient directement et explicitement orientés vers le fait que la victime soit une femme.

Ces violences que nous venons de décrire se déroulent également au sein des mouvements, des organisations, des communautés et des environnements familiaux des femmes. Il s’agit de violences invisibles, qui sont difficiles de mettre à la lumière publique, car elles sont éclipsées par des pactes patriarcaux d’impunité, qui ont des conséquences profondes pour les défenseures qui en souffrent, comme l’isolement, la stigmatisation ou l’incapacité de continuer à exercer leur travail.

Cependant, face à cela, nous sommes beaucoup plus de femmes qui ont décidé de lever la voix, de transgresser le mandat patriarcal qui nous veut soumises, silencieuses et enfermées dans la maison et qui avons compris que sans la participation des femmes, il n’y a aucune possibilité d’inverser ce modèle patriarcal, raciste, néolibéral et extractiviste qui met en péril la vie de toute la planète.

C’est pourquoi nous, les défenseures, prenons soin les unes des autres, nous protégeons nos luttes respectives et exigeons la protection des États.

Ce 29 novembre, nous faisons un appel:

Aux États,

• Selon les normes internationales telles que la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la Protection des Défenseures des Droits Humains et des personnes défenseures des droits des femmes, entre autres, mettre en œuvre des politiques avec une perspective de genre adéquate pour garantir le droit de défendre les droits et la protection effective des femmes défenseures.

• Qu’ils respectent les engagements acquis et contraignants en matière de protection des défenseures, tels que ceux découlant de l’octroi de mesures de précaution par la CIDH ou de ceux émis par les mécanismes nationaux de protection respectifs.

Aux camarades défenseures, aux organisations, aux mouvements et aux autres acteurs dans le domaine des droits humains.

• Nous invitons à prendre connaissance, mettre en œuvre et promouvoir des stratégies de protection intégrale féministe, basées sur l’autoprotection collective, l’autogestion et l’intégration de la perspective de genre, l’égalité, la non-discrimination et la tolérance zéro envers la violence patriarcale dans tous ses protocoles, ses actions et ses processus organisationnels.

• Continuer de renforcer les alliances, les complicités et la rébellion parmi les défenseures et tisser des réseaux forgés de joie qui nous permettent de continuer à défier ce système qui nous veut seules et sans espoir.
« Nous, les défenseures, prenons soin de nous, nous construisons le pouvoir collectif, nous exigeons la protection »

Source: Iniciativa Mesoamericano de mujeres defensoras de derechos humanos

 

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