Article rédigé par Gonzalo Ortuño López
L’arrivée du projet minier de Quebradona, dans la municipalité de Jericó, au sud-est du département d’Antioquia, en Colombie, a entraîné des conséquences environnementales importantes. Ce projet a également modifié le paysage socio-économique de nombreuses familles de la région. Parmi d’autres, José Luis Bermúdez a pu voir sa famille et lui se diviser face à ce projet minier. Lui qui défend le territoire contre ce projet menaçant les eaux et les terres, alors que ses frères soutiennent l’industrie. Malgré la dégradation de leurs relations, il se réjouit du refus de la demande d’extension de l’exploration du cuivre dans la région, présentée par la compagnie AngloGold à l’Agence nationale des mines (ANM).
« Après 17 ans de lutte contre une multinationale minière, nous avons accueilli la nouvelle avec beaucoup de satisfaction, car il s’agit d’un territoire fertile pour la production alimentaire, pour la caféiculture. »
L’imposition d’un revers à l’exploitation minière dans la région par les autorités colombiennes met fin à plus de 15 ans de conflit socio-environnemental dans la municipalité de Jericó.
Un terme mettant fin à l’exploitation minière de Quebrada
La multinationale AngloGold, l’un des plus grands producteurs d’or au monde, a pu constater la fin de son projet dans la mine de cuivre de Quebradona. La multinationale, qui demandait une quatrième prolongation de sa concession minière, n’a pas réussi à faire progresser le projet depuis la phase exploratoire en raison du risque d’impacts importants sur les aquifères de la région. Ce projet devait durer 21 ans et produire environ 5 millions de tonnes de concentré de cuivre, d’or et d’argent.
Le « manque de gestion pour obtenir la viabilité environnementale, ainsi que de faiblesses dans le dialogue social sur le territoire ». C’est pour cette raison que les autorités colombiennes ont refusé la continuation du projet. Mongabey Latam, l’organisme qui a mis de l’avant plusieurs points techniques, juridiques et sociaux pour soutenir le refus attesté.
Élément crucial dans le refus des autorités
Premièrement, la phase d’exportation a dépassé les neuf ans prévus par le contrat. Le début des travaux de construction, lui, devait avoir lieu le 9 décembre 2025. Cependant, ces derniers n’ont pas pu commencer faute de permis environnemental.
Deuxièmement, l’ANM indique que la multinationale minière n’a pas su démontrer l’établissement d’une « stratégie de relations sociales sur le territoire permettant de constater des avancées en vue de créer des espaces de concertation préalable avec les différents groupes présents » vis-à-vis les préoccupations sociales. La dimension sociale est essentielle pour résoudre les conflits sociaux persistant dans la région pendant plus de 15 ans.
Troisièmement, le projet a été qualifié de prioritaire à l’échelle nationale et stratégique (PINE), mais les autorités admettent que les exigences minimales sont insuffisantes en ce qui concerne la surveillance et le contrôle.
Quatrièmement, le ministère colombien de l’Environnement et du Développement durable a établi une réserve temporaire de ressources naturelles renouvelables dans plusieurs municipalités, y compris à Jericó et sur le site du projet minier. Bermúdez est l’un des onze paysans qui font l’objet de poursuites judiciaires pour son opposition au projet. Celui-ci déclare : « C’est une cordillère qui produit de l’eau non seulement pour les êtres humains, mais aussi pour les animaux et les plantes ».
Le refus émis par l’administration colombienne apporte un soulagement aux défenseurs du territoire, qui, eux, font face à des présomptions d’accusations de délits de séquestration, de vol avec effraction et de voies de fait. Cependant, ils sont conscients que Jericó est plongé dans un climat de violence apparemment lié à l’industrie minière et que leur lutte ne s’arrête pas là.
Un conflit qui est loin d’être terminé
En l’absence de levée du refus, les autorités minières et environnementales « ne pourront pas accorder de nouvelles concessions minières, de contrats spéciaux d’exploration et d’exploitation ni tout autre type de contrat soumis à des régimes spéciaux, ni de nouveaux permis ou licences environnementales pour l’exploration ou l’exploitation de minerais ».
Lina María Velásquez Escobar, membre de la Mesa Ambiental de Jericó, mentionne l’importance de ce refus face à cette exploitation minière qui, dans le conflit socio-environnemental, a affecté de manière significative la vie communautaire de Jericó et a même entraîné des retombées judiciaires, comme dans le cas des 11 paysans.
« Qu’une multinationale étrangère ait, à ce moment-ci, porté plainte dans une municipalité contre plus de 80 personnes et qu’elle soit en train de judiciariser 11 paysans constitue un précédent désastreux pour une entreprise qui prétend exploiter une activité minière sur un territoire », mentionne Velásquez à Mongabay Latam à la suite de la résolution de l’Agence nationale des mines.
Les habitants se sont réjouis de cette victoire, mais savent que la lutte n’est pas encore terminée sur le plan juridique. Il reste un long combat à mener. L’entreprise, qui exprime ses regrets face à cette décision, affirme qu’elle épuisera tous les recours légaux, administratifs et juridictionnels.
Bermúdez affirme que « Nous devons rester vigilants. Si la population ne prend pas conscience des dommages extrêmement dévastateurs causés par l’exploitation minière, ils tenteront sûrement de revenir à la charge, même s’il est désormais clairement établi que, dans le sud-ouest de l’Antioquia, la mine n’est pas acceptée ».
Mongabay Latam a contacté la société Minera de Cobre Quebradona dans le but d’obtenir des informations supplémentaires sur les mesures légales envisageables. L’entreprise a réitéré sa position, publiée dans un communiqué le 4 décembre dernier.
Conflits et milices dans la région minière
Plusieurs groupes se trouve dans la région minière de Jaricó comme Les Autodéfenses gaitanistes de Colombie (AGC), également connues sous le nom de « Clan del Golfo » se sont étendues, notamment par l’intermédiaire du Bloc Edwin Román Vásquez, selon le rapport intitulé « Rapport sur les droits de la personne dans l’ouest antioqueño », rédigé par la Corporation pour la vie des femmes qui osent, Vamos Mujer, Conciudadanía, la Corporation juridique Libertad et l’Institut populaire de formation (IPC). Ceux-ci, ont été présentés comme des groupes armés ayant un intérêt dans la région de Jericó et de Támesis, en plus des industries légales, comme AngloGold.
Carlos Andrés Zapata, président de l’Institut populaire de formation, mentionne que, si la région de Jericó n’avait pas été une source de conflit dans le passé, l’omniprésence des groupes dans la zone minière aurait déclenché des signaux d’alerte dans cette zone, précisément exploitée par l’industrie minière.
Le rapport met en évidence les conséquences de l’instabilité socio-environnementale dans les zones minières en raison de la présence de groupes paramilitaires. On dénombre plus de 253 homicides au cours des huit premiers mois de 2025, ce qui dépasse le total de l’année 2024. À Jéricho, le nombre de meurtres a augmenté de 300 % par rapport à l’année précédente.
L’une des inquiétudes actuelles est que, lorsque l’exploration et l’exploitation minières seront interrompues, les entreprises chercheront peut-être à s’approvisionner illégalement en ressources qu’elles n’ont pas pu obtenir légalement.
Les tensions face à la fermeture de la mine augmentent dans la région, créant ainsi un climat de violence. AngloGold Ashanti Colombie s’écarte de toute responsabilité liée aux groupes armés opérant dans la région minière. Lors d’un entretien avec Mongabay Latam, la multinationale « rejette toute manifestation de violence contre la société civile de la sous-région et condamne toute forme de violation des droits de la personne ». Ces communiqués ont été diffusés entre juillet et septembre 2025.
Des accusations ont également été portées contre les groupes des AGC entre avril et septembre. Velásquez exprime son inquiétude quant à l’augmentation des affrontements armés à Jericó, en particulier dans le corregimiento de Palocabildo, où résident plusieurs paysans défenseurs de l’eau et du territoire.
Un combat qui se poursuit sans cesse
Les protecteurs de l’environnement et les défenseurs des droits de l’homme, en particulier les défenseurs des ressources naturelles, demandent aux autorités de prendre des mesures pour mettre fin aux activités et à l’expansion illégale qui menacent la population de Jericó.
« Il faut une réponse globale à une problématique qui dépasse largement le seul conflit socio-environnemental et qui est actuellement liée à l’exploitation minière. Une action intégrale est urgente, et pas uniquement militaire, comme celle qui a été déployée jusqu’à présent », prononce Zapata à Mongabay Latam.
En août 2026, les onze paysans accusés auront leur prochaine audience préliminaire. Bermúdez exprime sa confiance face aux allégations formulées par la multinationale. Il mentionne qu’il ne souhaite pas que Jericó connaisse le même sort que d’autres régions dévastées par la violence liée aux conflits armés. Il reconnaît que les territoires sur lesquels reposent ces entreprises sont des territoires de paix, et ne voulons pas qu’elles deviennent comme le Cauca, le Chocó ou la Guajira, qui ont succombé à la violence parce qu’elles avaient accepté l’entrée de ces multinationales dans leurs communautés.
Yohan Leclerc