HomeCommuniquéMexique: Communiqué des collectifs et communautés d’Oaxaca contre les « Rencontres autochtones Canada-Oaxaca 2021 »

Mexique: Communiqué des collectifs et communautés d’Oaxaca contre les « Rencontres autochtones Canada-Oaxaca 2021 »

Sources: Centro de medios libres, REMA

Oaxaca: 29 septembre, 2021

Aux médias

Au public général

À nos frères et soeurs de L’Île de la Tortue

 

Dans le cadre de la célébration «Rencontres autochtones Oaxaca-Canada 2021» organisée par les États canadien et mexicain et tenue du 20 septembre au 8 octobre dans la ville d’Oaxaca dans l’État de Juárez, nous avons décidé de faire connaître certains aspects pertinents qui ont été omis ou déformés dans les appels officiels et les conférences de presse. 

 

Le soi-disant « État de Oaxaca » est l’un des plus divers en termes de culture et de langues, et ce, grâce aux résistances contre leur extermination qui ont commencé avec l’expansion européenne sur le territoire de l’actuel Mexique. En effet, la motivation principale pour la tenue de cet événement vient de cette diversité à laquelle font allusion les gouvernements de Oaxaca et du Canada. 

 

Pourtant, ce qui est appelé « diversité » ressemble plus au nationalisme mexicain produit des os et du sang de nos ancêtres;  nous disons cela principalement pour montrer que les gouvernements voient l’Autochtone et l’Afro comme une expression culturelle commercialisable, comme un discours, comme une image. 

 

Nous, qui avons résisté pendant des générations à la nécropolitique, au racisme, au classicisme et au sexisme, ne refusons pas seulement d’encourager ce nationalisme mais nous répudions aussi la marchandisation de nos modes de vie. Nous voulons que tou.te.s ceux et celles qui l’ignorent le sachent : pendant des générations, nous avons assisté à l’expulsion et à la marginalisation des peuples autochtones dans le territoire envahi qui a été nommé Oaxaca; nous avons été victime d’invasion et de dépossession de terres que nous regardons avec tristesse et colère devenir un objet de spéculation financière. 

 

Si nous partageons quelque chose avec nos frères et sœurs de l’Île de la Tortue, c’est notre histoire de douleur et de violence coloniale. Comme nous, ils et elles ont été dépossédé.e.s, massacré.e.s, et obligé.e.s de vivre dans des réserves. Ce qui est appelé « Canada » cache sous ses terres des milliers de corps d’enfants, d’hommes et de femmes autochtones qui ont été assassiné.e.s parce que malheureusement ils et elles n’étaient pas blancs et ne pensaient pas comme un blanc. Bien que l’État essaie de la cacher, cette violence persiste et se manifeste de diverses manières. 

 

Ce sont nos histoires de dépossession qui nous unissent en ce moment, pour dire à l’unisson à ceux et celles qui par leurs lois justifient ou facilitent l’extermination autochtone et tout mode de vie, à ceux et celles qui confondent notre histoire de résistance avec le folklore, et à ceux et celles qui cachent leurs entreprises derrière le concept de « fraternité culturelle » que NOUS NE LEUR PERMETTRONS PAS, NI MATÉRIELLEMENT NI SYMBOLIQUEMENT. 

 

Nous dénonçons ces mêmes personnes comme les acteurs intellectuels des pires tragédies environnementales et sociales des derniers temps; par exemple, l’installation de minières pour l’extraction massive de minéraux par l’exploration et la mise en œuvre de concessions et de projets miniers. 

 

Des entreprises canadiennes dirigent des centaines de projets miniers en Amérique latine; dont une grande partie d’entre eux sur les territoires des communautés autochtones qui ont été traitées avec racisme et regardées d’une perspective colonialiste. 

 

Selon les données de l’Observatoire des conflits miniers d’Amérique latine, 50% des conflits miniers au Mexique impliquent directement des entreprises canadiennes;  le Système global d’économie documente que, des 242 entreprises étrangères qui gèrent des projets miniers dans le pays, 160 viennent du Canada; en outre, des sociétés de ce pays possèdent 74% des concessions d’exploration minière. 

 

En ce qui concerne l’État de Oaxaca, siège actuel de cette mauvaise-nommée « fraternité culturelle », il y existe au total 47 projets miniers au capital financier étranger, dont 33 proviennent d’entreprises canadiennes et trois autres du partenariat Canada-Australie. 

 

Dans la communauté de San José del Progreso, Ocotlán, l’entreprise criminelle Fortuna Silver Mines opère sous le nom de Compañía Minera Cuzcatlán et, après avoir été imposée en 2009 par une opération policière engageant à plus de 2000 soldats, a eu comme conséquences: 5 personnes assassinées, deux d’entre elles leaders anti-miniers et 3 membres de l’autorité municipale; le déversement de 1 million 516 mille litres de déchets toxiques, survenu le 8 octobre 2018 et toujours en impunité; la contamination de la rivière Coyote à Magdalena, Ocotlán, dans laquelle la présence de 5 produits chimiques monte à des concentrations qui rendent l’eau non viable pour tout type d’utilisation, agricole ou humaine. Il faut signaler que, après 9 années d’opération,  Fortuna Silver Mines a extrait du terrain une richesse équivalente à 1 487 778 000 dollars, provenant de l’exploitation de l’or et de l’argent; tout pendant qu’elle a divisé les communautés, en désinformation et en aggravent les conflits. 

 

Un autre cas d’invasion et de dépossession a lieu dans la région de Chimalpas, l’un des grands poumons du monde. L’entreprise canadienne Minaurum Gold SA a les titres de concession minière 22 5472 et 24 6936 décernés en son nom, et c’est à travers eux qu’elle a tenté de s’approprier plus de 6 400 hectares pour l’exploitation de l’or et du cuivre. Ce territoire de jungle correspond au peuple angpøn o zoque depuis des siècles; actuellement, un projet minier canadien menace sa vie, sa culture ancienne, et un écosystème qui est vital pour la régulation du climat. 

 

Ixtepec est un cas similaire. Là, sur l’isthme de Tehuantepec, une société minière canadienne voulait s’approprier 8 150 hectares pour l’ouverture d’une mine à ciel ouvert; tout cela sans le moindre souci pour la vie et la santé des communautés autochtones susceptibles d’être affectées. Présentement, le projet est temporairement interrompu en raison de l’annulation de la concession. 

 

D’autre part, la communauté autochtone Capulálpam de Méndez de la Sierra Juárez a dénoncé à plusieurs reprises depuis 2005 les graves dommages environnementaux causés par Minera de Natividad y Anexas à leur territoire communal et aux ressources naturelles. C’est bien connu que cette entreprise fonctionne comme interlocuteur pour des entreprises canadiennes, d’abord au service de Continuum Resource et après de SUNDANCE. Menées contre la volonté du peuple de Capulálpam, les activités de l’entreprise ont causé des graves impacts environnementaux, principalement la disparition de treize sources d’eau à cause des tunnels creusés dans le sol. De même, la contamination par les déchets toxiques et les résidus miniers qui se déversent dans le Rio Grande, principal affluent de la rivière Papaloápam; cela représente des impacts pour un grand nombre de communautés qui ne peuvent plus profiter de l’eau et par conséquent, la violation du droit universel à l’accès à l’eau. Pour ce cas, nous voulons DÉNONCER le fait qu’en 2015 une barrière a été installée sur le chemin auquel nous avons droit, des concessions minières octroyées par le ministère de l’Économie sans l’autorisation de la communauté et sans la consultation préalable, libre et informée et éclairée; cependant, le ministère de l’Économie a contesté la décision qui était en faveur de la communauté et donc les activités de Minera de Natividad y Anexas continuent sans se conformer à la protection, sans la permission de la communauté et sans avoir l’autorisation de l’étude d’impact environnemental; le tout à la satisfaction des autorités chargées de l’application des lois environnementales telles que la PROFEPA (loi générale pour l’équilibre écologique et de protection de l’environnement) et la CONAGUA (loi des eaux nationales et ses règlements). 

 

Un mensonge que la réconciliation avec les peuples autochtones soit recherchée!

 

Par cet événement, l’État canadien et l’État mexicain à travers le gouvernement de Oaxaca cherchent à s’absoudre de ce qui concerne sa relation coloniale avec les communautés autochtones et afro; mais ils n’arriveront pas à nous distraire des problèmes structurels ni des situations de dépossession et de pillage dont ils tentent de nous faire l’objet. 

 

NOUS SIGNALONS que nous nous trouvons en ALERTE MAXIMALE et à l’affût de cette simulation de fraternité. Nous savons que leurs intérêts ont, et auront toujours, d’autres buts. Les relations d’affinité et de réciprocité avec les Autochtones de l’Île de la Tortue seront forgées par nous, dans le but d’étendre notre résistance, jusqu’au moment où les prairies, les montagnes, les rivières et les animaux soient libres à nouveau, jusqu’à ce que la résistance nous permette de vivre dignement, et pas à l’ombre d’un devoir être imposé et construit par ceux qui doublent leurs investissements grâce à notre extermination. 

LA FRATERNITÉ N’EXISTE PAS OÙ IL Y A DE LA DÉPOSSESSION ET DU PILLAGE!

FIN AU COLONIALISME! 

SORTIE DES ENTREPRISES MINIÈRES!

LA VIE CONTINUE SANS L’OR ET SANS L’ARGENT, PAS SANS L’ EAU! 

 

CORDIALEMENT, 

AUTORITÉ MUNICIPALE DE SAN PEDRO APÓSTOL, OCOTLÁN

AUTORITÉ MUNICIPALE DE SAN PEDRO MÁRTIR, OCOTLÁN

COMMISSAIRE AUX BIENS COMMUNAUX DE CAPULÁLPAM DE MÉNDEZ

COMMUNAUTÉS EL REBOLLERO, RÍO MINAS Y LOS ARQUITOS, SAN PABLO CUATRO VENADOS, ZAACHILA

COMITÉ IXTEPECANO EN DÉFENSE DE LA VIE ET DU TERRITOIRE

ESPACE DE FEMMES EN DÉFENSE DE TERRE MÈRE « LAS MEÑAS »

COLLECTIF MATZA, SAN MIGUEL CHIMALAPAS 

ARTICULATION POUR LA VIE, CONTRE LA MINERIE DANS LE VALLE DE OCOTLÁN

 

 

 

LISEZ PLUS: https://avispa.org/canada-y-oaxaca-simulan-hermandad-con-pueblos-indigenas/?fbclid=IwAR1GQm7uuxvpZARp9i3WOB63doLWhMQ7605u8Cw10LRrpWxumg_mfcamh4w (espagnol)

 

Image: document original; centro de medios libres