Article initial rédigé par Paola Martínez méndez
« Les pays d’Amérique latine souhaitent que le Canada joue un rôle plus important dans la région, mais le Canada ne perçoit pas ces signaux », a déclaré Peter McKenna, professeur de sciences politiques à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, lors d’une entrevue avec RCI.
Selon son point de vue, le Canada ne manifeste pas d’intérêt ni de volonté politique pour renforcer ses liens avec l’Amérique latine dans tous les domaines, tels que l’économie, la politique, la diplomatie, les relations entre les peuples, la sécurité nationale et les questions autochtones.
« Le Canada et l’Amérique latine ont plusieurs liens communs, surtout en ce qui concerne leurs peuples autochtones. Il est crucial d’exploiter et de renforcer ces liens, surtout à l’ère de l’approfondissement des relations ».
Citation de Peter McKenna, professeur, Université de l’Île-du-Prince-Édouard
Celui-ci affirme que le Canada pourrait jouer un rôle crucial dans la région, s’il souhaite agir. Malheureusement, le Canada semble ignorer ces liens potentiels. Peter McKenna qualifie cette situation de perplexe.
Depuis la fin des années 1960, les liens entre le Canada et l’Amérique latine sont marqués par une certaine instabilité. Bien que les tensions tarifaires des États-Unis, la pression militaire des Américains au Venezuela et dans d’autres régions du monde, et le détriment du droit international. Ottawa ne semble pas avoir une plus forte appétence pour l’Amérique latine, même si la situation internationale est fragmentée.
Depuis l’accession au pouvoir de Mark Carney en 2025, il a eu l’opportunité de faire plusieurs voyages en Europe, au Moyen-Orient et cette semaine en Chine. En septembre 2025, il a effectué son premier voyage en Amérique latine, au Mexique, qui est le 9e partenaire économique du Canada selon les données gouvernementales.
Bien que huit traités aient été signés entre le Canada et l’Amérique latine, dont l’ACEUM, l’accord le plus important, l’Amérique latine ne jouit toujours pas d’une reconnaissance en tant qu’acteur majeur aux yeux du Canada.
Une nouvelle voix provenant d’Ottawa
À l’époque, Pierre Elliott Trudeau, premier ministre du Canada, décide de renouveler la politique étrangère du pays afin qu’il y ait une voix propre.
La politique étrangère du Canada à l’égard de l’Amérique latine ne constitue qu’une partie d’une histoire plus vaste, mais c’est une partie susceptible d’apporter des enseignements importants sur d’autres aspects des relations extérieures passées et futures du Canada.
Extrait du livre Canada, Latin America, and the New Internationalism. A Foreign Policy Analysis, 1968-1999
Avant la période de 1968, peu d’accords existaient entre le Canada et l’Amérique latine. L’intérêt était plutôt focalisé sur les organisations non gouvernementales et les ordres religieux. Pierre Elliott Trudeau a voulu changer cela pour le Canada.
Le Canada, allié de l’Amérique latine
En réaction à la révolution au Nicaragua en 1979 et à la guerre civile au Salvador, le Canada a donc décidé de s’éloigner des visions idéologiques de l’administration Reagan. Il a voulu adopter une voix propre face à la situation en Amérique latine.
Selon Brian J. R. Stevenson, les Américains qui percevaient ces conflits comme une atteinte au capitalisme par le communisme, le Canada les soutenait en renforçant les liens économiques et sociaux avec l’Amérique latine afin de combattre les inégalités Nord-Sud. En réponse à cette situation, le Canada a augmenté considérablement son soutien financier aux nations d’Amérique centrale entre 1981 et 1986. Il a également reconnu le gouvernement sandiniste du Nicaragua et maintenu ses échanges commerciaux, ce qui a contribué à apaiser les tensions avec les États-Unis en 1985. Au total, plus de 100 millions de dollars ont été alloués à ces pays.
50 000 réfugiés d’Amérique latine ont pu être accueillis au Canada, le soutien de la cour internationale de justice condamnant le minage des ports nicaraguayens par l’agence centrale de renseignement (CIA) des États-Unis.
Brian J. R. Stevenson souligne une contradiction majeure même si le canada appuis son voisin du sud dans ce processus de paix. Cependant, alors que le Canada défendait la non-intervention au sein de l’Organisation des États américains (OEA), il a finalement appuyé l’invasion américaine du Panama en 1989.
« La guerre civile a ravagé le Salvador entre 1980 et 1992, faisant 75 000 morts, 12 000 blessés et 8 000 disparus. Le conflit opposait le Front populaire de libération (FPL) et le Front Farabundo Martí de libération nationale (FMLN) à l’extrême droite, composée d’escadrons de la mort progouvernementaux et de l’armée salvadorienne ».
L’insouciance du Canada
En 1990, le Canada adhère à l’OEA, ce qui signifie qu’il s’éloigne de son engagement envers les régions d’Amérique. Selon Peter McKenna, la participation canadienne n’a pas porté ses fruits en termes de stratégie durable.
Bien que le Canada reste l’un des principaux contributeurs financiers de l’OEA, son implication politique reste moindre. Selon McKenna, ce serait un manque de volonté politique de la part du Canada ainsi qu’une absence de vision globale allant au-delà du commerce qui expliqueraient cette situation.
« Je crois qu’il existe de nombreuses opportunités [en Amérique latine] qui pourraient être saisies, mais qui ne le sont pas. Et je suis très inquiet de voir que le Canada n’entreprend pas d’initiatives de politique étrangère par crainte de la réaction de Washington. »
Citation de Peter McKenna.
L’Amérique latine, terre d’opportunités.
Bien que le Canada ait une relation économique importante avec plusieurs pays d’Amérique latine, comme le Mexique, ses liens avec le reste de la région restent plutôt minces. Plusieurs controverses ont fait surface face aux situations de mine canadienne en Amérique latine, accusant les compagnies canadiennes d’avoir des impacts négatifs sur l’environnement et les communautés. Ces accusations émanent de communautés locales victimes des actes entreprises par le Canada.
« Je soupçonne qu’il existe des préoccupations, mais les difficultés avec les gouvernements latino-américains ne sont pas nouvelles. Aujourd’hui, le Canada envisage de se rapprocher de pays comme l’Inde, la Chine ou les Émirats arabes unis, dont le bilan en matière de droits humains est discutable, sans que cela semble poser problème. »
Citation de Peter McKenna.
Depuis la guerre froide, le Canada semble jongler entre ambition et prudence dans ses relations avec l’Amérique latine. Pour Mckenna, l’Amérique latine est un terrain d’opportunité que le Canada doit exploiter, mais ceci ne peut se faire qu’avec la volonté d’Ottawa, ce qui n’a pas été très concluant jusqu’à maintenant.
« En Amérique latine, il faut bâtir des relations de confiance, comme avec des membres de sa famille », affirme peter mckenna.
Avec les tarifs commerciaux imposés par Trump, le Canada cherche de nouveaux partenaires commerciaux pour limiter les dégâts causés par le gouvernement américain. Il devrait considérer l’Amérique latine, qui semble constituer une alternative.
Le 12 janvier, après un entretien téléphonique avec le premier ministre canadien, le président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, a déclaré que Mark Carney s’était engagé à venir au Brésil en avril.
Traduit par Yohan Leclerc