Article original publié par Resumen Latinoamericano, le 29 septembre 2026.
De nombreuses dénonciations avertissent que les forces militaires et la police colombienne sont responsables des nouvelles exécutions extrajudiciaires. L’assassinat d’un paysan dans le département du Meta, celui d’un autre à Santa Marta et le meurtre d’une personne d’origine africaine à Bogotá confirment que cette pratique criminelle n’a jamais disparu au sein des unités militaires et de police.
Paysan assassiné à La Macarena, dans le Meta
Le Conseil d’action communautaire du hameau de Guaduales Nueva Esperanza, à La Macarena, dans le département de Meta, a dénoncé le meurtre, par l’armée, d’un paysan qui avait tenté de venir en aide à une famille enlevée par des unités militaires, lesquelles avaient maltraité et torturé une femme.
Le 22 septembre dernier, les troupes de l’Executif National ont assassiné le paysan Luis Carlos Mojica Guzmán, qui, selon les témoignages recueillis, était désarmé et ne présentait aucune menace. Jusqu’à midi, les militaires se sont rendus au domicile d’un couple de paysans qui vivaient avec leurs deux enfants mineurs. De manière violente et arbitraire, les militaires ont forcé la paysanne Yuli Andrea Motta Tovar à se déshabiller, l’ont ligoté et frappé pendant qu’ils l’interrogeait. De même, les militaires ont enlevé le paysan Luis Carlos Guerrero et les deux enfants qui vivaient dans la maison.
Selon la plainte déposée par le Conseil d’action communautaire, vers 15 h 35, alors que la famille était détenue par les militaires, le paysan Luis Carlos Mojica Guzmán s’est approché pour venir en aide à la famille enlevée. Les militaires lui ont alors tiré dessus et l’ont assassiné sans un mot. Plusieurs témoignages de la communauté affirment que le paysan, membre du Conseil, était désarmé et ne représentait aucun danger ; pourtant, les militaires lui ont tiré dessus avec brutalité à plusieurs reprises. Après l’avoir assassiné, l’armée a emporté le corps du paysan.
Des organisations de défense des droits humains telles qu’Indepaz ont demandé au Parquet général de la Nation, au Bureau du procureur général et au Bureau du défenseur des droits du peuple de vérifier de toute urgence ce qui s’est passé. Elles ont aussi exigé que l’armée nationale fournisse des informations publiques et suffisantes sur l’opération et sur ce qui est arrivé au paysan Luis Carlos Mojica Guzmán.
De même, le Bureau du médiateur a demandé à l’armée colombienne de lui fournir des informations complètes sur les faits et a demandé aux autorités compétentes d’éclairer les faits avec toute la diligence requise et dans les meilleurs délais, de ces événements, y compris le décès signalé, et à déterminer les responsabilités qui s’imposent.
Le ministère de la Défense reconnaît qu’un jeune paysan n’était pas le fils d’un chef paramilitaire
Le ministre de la Défense, Jorge Eduardo Mora, a souligné que le jeune Ricardo Andrés Rodríguez Martínez, l’une des personnes tuées lors de l’opération menée contre les « Autodefensas Conquistadoras de la Sierra Nevada » (ACSN), n’était pas le fils du chef suprême du groupe, connu sous le pseudonyme de « Pinocho ».
La famille de Ricardo Andrés Rodríguez Martínez a dénoncé le fait que ce jeune homme de 18 ans était un paysan qui travaillait la terre, qu’il n’appartenait à aucun groupe armé et que les militaires l’avaient assassiné dans le cadre d’une pratique connue sous le nom d’exécution extrajudiciaire.
Des organismes et institutions tels que le Bureau du défenseur des droits du peuple ont demandé aux autorités compétentes de mener une enquête rigoureuse afin de déterminer ce qui s’est passé et de garantir les droits de la famille du jeune homme assassiné.
L’indignation grandit suite au meurtre de Donovan Balanta
Le 21 septembre dernier, des policiers ont assassiné Donovan Balanta, un jeune homme afro- descendant, alors qu’il se trouvait en garde à vue. Âgé de 34 ans, père de deux enfants, M. Balanta travaillait dans une entreprise pharmaceutique, suivait des études de criminalistique et vivait dans le quartier de Caracolí, à Ciudad Bolívar, au sud de Bogotá. Entre 15 et 20 policiers l’ont poursuivi, l’ont plaqué au sol, l’ont frappé, lui ont infligé des décharges électriques et l’ont torturé. Ils ne lui sont pas non plus venus en aide lorsque le jeune homme a appelé à l’aide face à ces agressions.
La Police nationale a elle-même suspendu les agents concernés et mène actuellement une enquête interne afin d’établir les faits. L’Organisation des Nations unies (ONU) a demandé aux autorités, dans l’affaire Donovan Balanta, de mener une enquête approfondie par le biais de la procédure judiciaire ordinaire afin d’éclaircir les faits et de sanctionner les responsables.
Ce n’est pas la première fois que la police tue une personne lors d’une interpellation. Le 9 septembre 2020, la police avait tué l’avocat Javier Ordóñez, qui avait été victime de plusieurs actes de violence, notamment des décharges électriques avec un pistolet Taser, dans le quartier de Villa Luz, à Engativá, à Bogotá.