Mar 23

Au Brésil et dans le monde entier, les populations touchées se mobilisent durant une semaine de lutte

Article original rédigé par le Collectif national de communication du MAB

Depuis 1997, année marquant la première Rencontre internationale des populations touchées par les barrages, le 14 mars est reconnu comme la Journée internationale de mobilisation contre les barrages, en faveur des rivières, de l’eau et du vivant. À cette occasion, une série d’activités, manifestations, rassemblements et actions diverses est organisée tout au long de la semaine afin de protéger les cours d’eau et contester la construction de barrages. Portées notamment par le Mouvement des personnes affectées par les barrages (MAR) et le Mouvement international des personnes affectées, ces initiatives se sont déjà déroulées dans plusieurs pays, dont le Timor oriental, la République démocratique du Congo, le Panama, la Colombie et le Costa Rica.

Cette date coïncide aussi avec l’anniversaire de la création, au Brésil, du Mouvement des personnes affectées par les barrages (MAB), qui fête cette année ses 35 ans. D’après Soniamara Maranho, membre de sa coordination nationale, deux principales leçons se dégagent de ce parcours : d’une part, le Mouvement a su évoluer en permanence pour répondre aux contextes changeants et aux tensions générées par les systèmes capitaliste et impérialiste sur les populations concernées ; d’autre part, cette expérience a favorisé son implication dans la mise en place du Mouvement international des personnes affectées par les barrages et la crise climatique, dont il est l’un des initiateurs. Elle précise que cette structure permet à la fois de mutualiser plus de trois décennies d’expérience et de renforcer une dynamique d’unité à l’échelle internationale, notamment dans le cadre de la IVe Rencontre internationale des communautés affectées par les barrages et la crise climatique, organisée au Brésil en 2025.

« L’autre leçon, c’est de nous réinventer, en ce sens que nous sommes engagés dans un processus de reconnaissance des personnes touchées ; aujourd’hui, nous sommes aussi un mouvement de personnes affectées par les crimes socio-environnementaux, les inondations, les pluies et l’exploitation minière. Nous élargissons donc notre vision, qui va au-delà des personnes affectées par les barrages, car nous voulons construire un projet énergétique populaire et un ordre différent du système capitaliste et impérialiste », a conclu Maranho.

Les mobilisations, entamées en début de semaine, se poursuivent jusqu’au 14 mars et s’étendront jusqu’au 22 mars, à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau. Au cœur de cette mobilisation, un message commun : « Les personnes affectées défendent leurs droits, leur souveraineté et la paix ». Les participants réclament notamment une révision de la loi 14.755, connue comme la Politique nationale des droits des populations affectées par les barrages (PNAB), tout en portant des revendications propres à chaque territoire. Jusqu’à présent, ces actions ont rassemblé des participants dans une dizaine d’États brésiliens, dont Bahia, Ceará, Espírito Santo, Maranhão, Minas Gerais, Pará, Paraíba, Paraná, Rio Grande do Sul, Rondônia et Santa Catarina.

Dans le Rio Grande do Sul, les populations touchées réclament la sécurité alimentaire

Des familles affectées, provenant de quatre régions du Rio Grande do Sul, ont pris part ce jeudi 12 à la journée de mobilisation organisée par le MAB. L’après-midi a débuté par un rassemblement des personnes concernées, centré principalement sur la question de la sécurité alimentaire.

Près de deux ans après les importantes inondations qui ont touché l’État, de nombreuses familles continuent de voir leur quotidien bouleversé par l’absence de logements adéquats, les exposant ainsi à des conditions de précarité et à une insécurité persistante en matière d’alimentation.

Juraci Padilha dos Santos, de la coordination MAB dans la vallée de Taquari, souligne la difficulté d’identifier les personnes touchées, de garantir l’accès aux programmes de logement et de lutter contre l’insécurité alimentaire : « Nous sommes là, dans nos communautés, à attendre, attendre et encore attendre. Nous sommes sans abri et affamés à cause d’un problème dont nous ne sommes pas responsables. Aujourd’hui, il est temps de réfléchir : ce qu’ils ont détruit par appât du gain, nous en manquons maintenant », a déclaré une femme sinistrée.

La rencontre s’est tenue en présence de Milton Luiz Bernardes Ferreira, surintendant du ministère du Développement agraire et de l’Agriculture familiale (MDA) du Rio Grande do Sul, ainsi que de Glauto Lisboa Melo Junior, responsable régional de la Compagnie nationale d’approvisionnement (Conab). Tous deux ont affirmé que l’ensemble des personnes affectées recevraient des paniers alimentaires de base, Milton précisant que « tout ce qui reste à fournir le sera ».

À l’issue de l’assemblée, les participants ont défilé jusqu’au Palácio do Piratini, siège du gouvernement de l’État, afin d’interpeller le gouverneur sur d’autres difficultés liées aux événements climatiques extrêmes. Parmi les principales revendications figurent la mise en place d’une politique publique dédiée aux droits des populations touchées par la crise climatique, la reconnaissance de toutes les personnes concernées, un appui à la relocalisation d’Estrela ainsi que le développement d’un programme d’éducation environnementale destiné aux jeunes.

À Pará, les populations concernées dénoncent les projets de méga-infrastructures en Amazonie

Dans cet État, les mobilisations s’opposent à trois grands mégaprojets : les voies navigables Araguaia-Tocantins et Tapajós, qui impliquent des transformations irréversibles des cours d’eau notamment l’extraction de formations rocheuses et la modification de leur tracé pour faciliter le transport de marchandises, mettant ainsi en péril la pêche artisanale ainsi que la santé des populations locales. Elles visent également le projet d’autoroute Liberdade.

La campagne de mobilisation concerne cinq régions : la zone métropolitaine de Belém, le Bas-Tocantins, le Xingu, le Tapajós et le territoire Araguaia-Tocantins. Dans ces espaces, le Mouvement mène diverses actions, manifestations publiques, assemblées, débats, marches et actions directes afin de dénoncer les atteintes aux droits humains subies par les communautés concernées.

À Bahia, les personnes concernées réclament l’approbation de la politique de l’État

Lors d’un séminaire tenu à l’Assemblée législative de Bahia (ALBA), consacré à la mise en place d’une Politique d’État relative aux droits des populations affectées par les barrages (PEAB), le Mouvement a réclamé l’adoption d’un projet de loi actuellement en discussion. Ce texte prévoit l’instauration de mesures encadrant l’ensemble du cycle de vie des barrages de leur planification à leur démantèlement, incluant notamment la construction, l’exploitation, l’agrandissement et l’entretien. Il prévoit également des dispositifs d’urgence en cas de fuites ou de ruptures, dans un cadre où l’autorisation environnementale relève de la compétence exclusive, partagée ou subsidiaire de l’État de Bahia.

Traduit par Yohan Leclerc

Source : https://mab.org.br/2026/03/14/no-brasil-e-no-mundo-populacoes-atingidas-se-mobilizam-em-semana-de-luta/

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