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Alors que la guerre en Iran fait rage, Washington ouvre un nouveau front en Équateur

Article original rédigé par Pedro Labayen Herrera

Alors que l’attention du monde est focalisée sur la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, les États-Unis ont, avec peu de visibilité médiatique, ouvert un autre front dans leur campagne croissante contre le soi-disant narco-terrorisme dans l’hémisphère occidental.

Depuis le début de cette nouvelle « guerre contre la drogue » l’an dernier, des frappes militaires américaines contre des bateaux soupçonnés de trafic de drogue, ainsi qu’une intervention militaire directe au Venezuela, ont fait plus de 250 morts. Désormais, l’Équateur, un pays situé à l’extrémité nord-ouest de l’Amérique du Sud, est devenu le dernier théâtre de la « guerre contre la drogue » relancée par Washington. Cette escalade risque de rendre les États-Unis complices des violations des droits humains commises par un gouvernement qui démantèle progressivement la démocratie de son propre pays, notamment en suspendant le plus grand parti d’opposition du pays.

La nouvelle campagne a commencé la semaine dernière, lorsque le Commandement sud des États-Unis (SOUTHCOM) a annoncé que « les forces militaires équatoriennes et américaines ont lancé des opérations contre des organisations terroristes désignées en Équateur ». Aucun détail supplémentaire n’a été fourni, laissant le public spéculer sur l’ampleur, le lieu et les cibles de cette intervention. Cette décision a suivi une rencontre la veille entre le chef du SOUTHCOM et le président équatorien, qui a ensuite annoncé une série d’«opérations conjointes avec nos alliés dans la région, y compris les États-Unis ».

Donald Trump a intensifié les attaques à la veille du sommet « Bouclier des Amériques » à Washington samedi, qui a réuni des dirigeants régionaux soutenant les opérations militaires américaines dans l’hémisphère. Juste avant la conférence, les forces équatoriennes et américaines ont mené des frappes conjointes près de la frontière colombienne contre un campement prétendument lié à un groupe rebelle dissident issu de l’ancienne Forces armées révolutionnaires de Colombie.

Le SOUTHCOM a décrit l’action comme une série « d’opérations cinétiques létales contre des organisations terroristes désignées », même si ce groupe dissident n’a pas été officiellement désigné comme tel par les États-Unis. Jusqu’à présent, aucun décès n’a été signalé, et des vidéos partagées par un responsable américain semblaient montrer que le site était vide.

Le fait que ces « opérations cinétiques létales » aient eu lieu en Équateur n’est pas un hasard. Depuis son élection en 2023, le président Daniel Noboa — dont l’approche militarisée du maintien de l’ordre n’a pas réussi à endiguer la forte hausse de la criminalité violente — cherche à renforcer les liens bilatéraux de sécurité avec les États-Unis et à s’attirer les faveurs de l’administration de Donald Trump à presque n’importe quel prix, y compris au détriment de la souveraineté de son pays.

En février 2024, Noboa, héritier de la famille la plus riche d’Équateur, a ratifié un accord sur le statut des forces qui permet aux troupes américaines d’opérer dans le pays tout en étant protégées des lois locales et de poursuites judiciaires. En décembre de la même année, il a signé un décret autorisant l’armée américaine à stationner des navires et du personnel dans les fragiles îles Galápagos. Noboa est ensuite allé encore plus loin : en novembre 2025, il a invité la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem à visiter le site d’une ancienne base militaire américaine dans la ville de Manta. Les autorités équatoriennes ont indiqué espérer rouvrir cette installation — qui avait servi de centre majeur pour la « guerre contre la drogue » de Washington jusqu’à sa fermeture en 2009 — en tant que base américaine.

Cette initiative a été lancée malgré l’interdiction inscrite dans la Constitution équatorienne des bases militaires étrangères sur son territoire — une interdiction que Noboa a tenté de lever par référendum national, rejeté de manière décisive par les électeurs équatoriens à la fin de l’année dernière. Néanmoins, des troupes américaines sont stationnées sur cette même base visitée par Noem depuis décembre, bien que officiellement uniquement sur une base « temporaire » (mais à durée indéterminée) jusqu’à la fin des opérations conjointes, dont les frappes font partie.

Plus récemment, Daniel Noboa a rompu les relations diplomatiques avec Cuba et a brusquement expulsé ses diplomates, affirmant sans preuve que La Havane intervenait dans les affaires intérieures de l’Équateur. Il a également salué l’intervention militaire américaine au Venezuela, déclarant que « tous les narco-chavistes criminels auront leur moment ». À la suite des attaques américaines et israéliennes contre l’Iran, Noboa a même affirmé, sans fondement, que des contingents des Gardiens de la révolution islamique d’Iran, du Hamas et du Hezbollah opéraient depuis le Venezuela pour former des groupes criminels équatoriens.

Noboa présente la coopération sécuritaire avec Washington comme essentielle à sa propre guerre contre les groupes criminels et les « narco-terroristes » — un terme qu’il utilise depuis avant l’élection de Donald Trump. Depuis plus de deux ans, il gouverne sous un état d’urgence quasi permanent, déployant l’armée dans les rues et suspendant certains droits. Une combinaison de mesures d’austérité et de transformations dans les dynamiques du trafic mondial de drogue a plongé l’Équateur, depuis 2021, dans une violence quotidienne meurtrière. Malgré cette politique de fermeté — inspirée notamment de celle du président salvadorien Nayib Bukele — le taux d’homicides a atteint un niveau record, dépassant 50 pour 100 000 habitants, contre 5,8 il y a moins d’une décennie.

Aujourd’hui, l’armée fait face à des accusations généralisées de violations des droits humains, notamment torture, exécutions extrajudiciaires, arrestations arbitraires et disparitions forcées. Des organisations comme Amnesty International documentent des cas de disparitions forcées attribuées aux forces armées dans le cadre de cette stratégie sécuritaire militarisée . Par ailleurs, ces politiques ont été critiquées pour avoir accru les atteintes aux droits humains sans réussir à endiguer durablement la violence . Une affaire particulièrement choquante — l’enlèvement, la torture et la disparition forcée de quatre enfants par des militaires — a provoqué une indignation nationale et illustré la gravité de ces abus.

Parallèlement, Noboa a restreint l’espace civique, notamment en gelant les comptes bancaires d’organisations autochtones, en poursuivant des militants pour terrorisme, en expulsant des journalistes étrangers et en réprimant violemment des manifestations pacifiques. Des ONG dénoncent également l’usage excessif de la force et des arrestations arbitraires lors de protestations, ainsi que des atteintes à l’indépendance judiciaire.

Les institutions démocratiques de l’Équateur n’ont pas été épargnées. Lorsque la Cour constitutionnelle a invalidé ses tentatives de consolidation du pouvoir, Daniel Noboa a réagi par des menaces publiques et des campagnes de pression, qualifiant les juges « d’ennemis du peuple ». Il a également manœuvré pour placer des fidèles à la tête d’organismes indépendants clés de contrôle et d’institutions électorales. Par ailleurs, grâce à une procureure générale qui lui est proche — dont la nomination a été contestée comme illégale — le président a obtenu d’un juge une décision interdisant le plus grand parti d’opposition du pays pendant neuf mois, l’empêchant ainsi de participer aux prochaines élections locales.

Sur ces questions, le gouvernement des États-Unis ne s’est pas contenté de détourner le regard ; il a récompensé Noboa en accédant à sa demande de classer les gangs équatoriens comme « organisations terroristes étrangères », en l’invitant au sommet « Bouclier des Amériques », en ouvrant un bureau du FBI à Quito, et en lançant des opérations militaires conjointes ainsi que des frappes.

Jusqu’à présent, Noboa n’avait eu recours que de manière limitée aux frappes aériennes. Mais des signaux récents en provenance de Washington laissent entendre que ces frappes conjointes ne seront pas les dernières. Ces derniers jours, Donald Trump a officiellement informé le Sénat de ces opérations, tandis que le secrétaire à la Défense Pete Hegseth s’est vanté que les États-Unis « bombardent aussi les narco-terroristes sur terre » et a promis qu’« il y aura bien plus à venir ».

D’autres opérations sont attendues ce week-end, le ministre de l’Intérieur équatorien ayant annoncé un couvre-feu dans plusieurs provinces de l’est ainsi que le lancement d’une « offensive majeure contre les groupes criminels » avec un « soutien significatif des forces américaines ». Il apparaît donc clairement que la « nouvelle phase contre le narcoterrorisme » proclamée par Noboa le jour des frappes ne constitue que le début.

Pour Daniel Noboa, cette intensification du soutien américain constitue une victoire majeure dans ses efforts, les opérations conjointes représentant la meilleure alternative à la base militaire américaine permanente qu’il n’a pas réussi à obtenir par les urnes. Pour l’administration de Donald Trump, l’empressement de Noboa à accueillir des troupes américaines et à participer à sa « guerre contre le narco-terrorisme » permet d’élargir le champ d’action militaire des États-Unis dans ce que le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a qualifié de « périmètre de sécurité immédiat » d’une « Grande Amérique du Nord » s’étendant jusqu’à l’équateur.

En échange de la cession d’une partie de la souveraineté équatorienne, Noboa peut s’attendre à ce que Washington soit un partenaire disposé à soutenir la poursuite d’actes de violence étatique et à ignorer, voire encourager, une détérioration accrue des droits humains et de la démocratie en Équateur.

Traduit par Yohan Leclerc

Source: https://cepr.net/publications/as-iran-war-rages-washington-opens-a-new-front-in-ecuador/

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