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Acción urgente: detención ilegal de Edwin Robelo Espinal

Montréal, 12 de febrero 2018                                                                                                                                  AU-HON280118

A : M. Justin Trudeau

Primer Ministro de Canadá

 

Le Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL) est une organisation de solidarité qui travaille à la défense et à la promotion des droits humains en réciprocité avec les mouvements sociaux et les communautés d’Amérique latine dans la lutte en faveur d’une justice sociale, environnementale, économique et culturelle. Par la présente, nous tenons à exprimer notre profonde préoccupation en ce qui a trait à la détention, par l’état hondurien, du défenseur de droits humains Edwin Robelo Espinal, arrêté de façon arbitraire depuis le 19 janvier dernier.

Nous vous écrivons afin de vous demander de vous prononcer sur la question et d’exiger la libération immédiate d’Edwin Robelo Espinal.

 

Contexte :

Edwin Espinal, de nationalité hondurienne, et Karen Spring, canadienne, sont tous les deux coordonnateurs du Réseau de Solidarité avec le Honduras (Honduran Solidarity Network).

L’activiste hondurien de longue date, Edwin Espinal, a été arbitrairement détenu et emprisonné le 19 janvier 2018 pour des accusations liées à des manifestations contre la fraude électorale au Honduras. En raison de son activisme, il a fait l’objet de harcèlement, de violences et de menaces de la part de l’État depuis le coup d’État de 2009. Une action immédiate est nécessaire pour pousser à la libération d’Edwin et pour assurer sa sécurité.

Son arrestation a eu lieu à la veille d’une grève nationale d’une semaine. Edwin fait face à une liste d’accusations fabriquées de toutes pièces: incendie criminel; dommages à la propriété; et utilisation de matériaux explosifs artisanaux. Edwin fait également l’objet d’une enquête d’État pour terrorisme et association criminelle liée à des dommages causés à l’hôtel Marriott lors d’une manifestation le 12 janvier à Tegucigalpa.

Des milliers de Hondurien-ne-s de tous les horizons ont assisté à l’action du 12 janvier pour protester contre la fraude électorale; contre les assassinats de plus de 30 manifestant-e-s antifraude et civils par les forces de sécurité de l’État; et contre l’arrestation de dizaines de prisonniers politiques pendant la crise postélectorale en cours. L’arrestation arbitraire d’Edwin a eu lieu dans ce contexte de fraude électorale, de militarisation et de répression.

Edwin est actuellement en détention provisoire. Le 22 janvier dernier, à la fin de son audience initiale, qui a eu lieu dans des installations militaires, le juge a ordonné la détention provisoire et a envoyé Edwin à La Tolva, une prison de haute sécurité inspirée des modèles de prison des États-Unis. La prison, qui est dirigée par un Colonel de l’armée, possède un accès extrêmement restreint aux visites et les prisonniers n’ont droit qu’à une heure de soleil toutes les deux semaines, parmi d’autres conditions horribles. Bien que cette situation ait été portée en appel par l’organisation locale hondurienne des droits de l’homme COFADEH, Edwin pourrait rester en détention pendant deux ans ou plus en attendant son procès.

Edwin Espinal a été la cible de harcèlement de l’État pendant des années

 

En 2009, la partenaire d’Edwin, Wendy Elizabeth Avila, a été tuée après avoir été exposée à des gaz lacrymogènes lorsque les forces de l’État ont violemment expulsé des milliers de manifestants rassemblés à l’ambassade du Brésil pour accueillir le président déchu Manuel Zelaya.

En 2010, Edwin a été enlevé et torturé par la police hondurienne, qui a ensuite été acquittée – par le système judiciaire corrompu – de toutes les accusations d’abus.

Un mois avant les élections frauduleuses et violentes de 2013, la police militaire hondurienne et les unités canines amenées par le bureau du procureur ont illégalement perquisitionné la maison de la famille d’Edwin, affirmant qu’il possédait de la drogue, de l’argent et des armes. À l’époque, Edwin participait à un mouvement communautaire visant à mettre fin à la privatisation des terrains de soccer publics dans son quartier, utilisés par les jeunes les plus démunis ayant peu d’espaces et de ressources récréatives.

En 2015, la mère d’Edwin est décédée à l’hôpital de la sécurité sociale à la suite du pillage de 350 millions de dollars de l’Institut hondurien de sécurité sociale (IHSS) orchestré par le Parti national, au pouvoir depuis 2010.

Edwin a été détenu plus d’une douzaine de fois depuis 2009 et a été battu par les forces de sécurité. Le plus récent conflit a eu lieu en décembre 2017, lorsqu’il a participé à une manifestation contre la fraude électorale à Tegucigalpa.

À la suite de cette persécution constante, la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) a accordé des mesures de protection à Edwin en 2010. Les mesures ont été renouvelées en 2013, peu après le raid illégal sur le domicile de sa famille.

Edwin a été interviewé par Democracy Now!, Fault Lines d’Al Jazeera et dans le documentaire Resistencia: The Fight for the Aguan Valley. Son histoire a également été présentée dans des articles publiés par Truthout et le magazine POLITICO.

La détention actuelle d’Edwin sur de fausses accusations est un autre exemple de persécution politique systématique et de ciblage de manifestants antifraude et d’opposants politiques du gouvernement. Le gouvernement illégitime et corrompu de Juan Orlando Hernandez vise ses propres citoyen-ne-s – des gens comme Edwin – alors que ce même gouvernement ne fait rien pour enquêter sur les centaines de meurtres et d’arrestations commis par les Forces de l’État sur les militant-e-s des mouvements sociaux, des manifestant-e-s, des journalistes, des avocat-e-s, etc.

Les poursuites judiciaires contre Edwin ont complètement violé la loi hondurienne et la procédure régulière. L’affaire est en cours devant les tribunaux de « juridiction nationale » qui, selon les accusations portées contre Edwin, n’ont pas compétence sur l’affaire. Le juge présidant l’affaire est le même juge qui a ordonné la perquisition à la maison d’Edwin en 2013, qui, selon la loi hondurienne, est illégale. Les représentants légaux d’Edwin ont eu un jour (un dimanche) pour préparer sa défense et il a ensuite été envoyé en prison en attendant son procès, ce qui pourrait prendre des années.

Nos demandes :

Dans une lettre antérieure que nous avions envoyée au Ministère canadien des Affaires Étrangères, datée du 30 novembre dernier, nous lancions une alerte quant à la grave situation depuis les dernières élections, entachées d’irrégularités, et la présence militaire et policière dans les rues qui avait été soulignée par plusieurs groupes locaux ainsi que par des observateur-trice-s internationaux. Nous demandions à votre gouvernement de se prononcer sur le processus d’élections frauduleuses et de faire en sorte qu’il retire tout appui au gouvernement illégitime de Juan Orlando Hernandez. Plusieurs se sont prononcés au Canada, incluant le parti Québec Solidaire qui a déposé une motion à ce sujet en décembre, lors de son congrès, et Cheryl Hardcastle qui a récemment envoyé un communiqué au Ministère des Affaires Étrangères concernant la détention d’Edwin Robelo Espinal.

L’appui du Canada au gouvernement hondurien a été dénoncé et pointé du doigt à de nombreuses reprises par les organisations de solidarité internationale et de la société civile[i] canadienne.

Dans ce contexte, nous vous exhortons à :

– faire usage de l’influence qu’a le Canada sur ses alliés au sein du gouvernement hondurien et de l’armée de ce pays afin qu’ils libèrent immédiatement Edwin et les plus de 40 prisonniers politiques dans le pays, et abandonnent toutes les accusations portées contre eux.

– suspendre le soutien politique au gouvernement hondurien, comme l’ont déjà demandé les néo-démocrates – ainsi que tout le soutien économique et la formation des agences de sécurité – jusqu’à ce les droits constitutionnels et humains du peuple hondurien soient respectés.

Merci de nous tenir informées des démarches que vous entreprendrez à ce sujet,

Cordialement,

 

Équipe du Comité pour les droits humains en Amérique latine

c.c.

Chrystia Freeland, Ministre des Affaires Étrangères

Ambassadeur James Hill, Ambassade du Canada au Costa Rica, au Honduras et au Nicaragua

Ambassade canadienne du Honduras: Bertrand-Xavier Asselin, Isabelle Solon Helal, Kyle Sundstrom

Christine Saint-Pierre, Ministre des Relations internationales et de la Francophonie

Élizabeth May, Député du Parti Vert pour Saanich – Gulf Islands

Andrew Sheer, Député conservateur pour Regina- Qu’Apelle

Amir Khadir, Député de Québec Solidaire pour Mercier

Alexandre Boulerice, député du Nouveau Parti démocratique pour Rosemont-La Petite-Patrie

[i] http://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/518627/le-canada-abandonne-la-population-du-honduras