Comité pour les Droits Humains en Amérique Latine

cdhal.org   >   Droits humains en Amérique latine   >   Dossiers thématiques   >   Féminicides   >   Ciudad Juárez, Chihuahua   >   Qu’est-ce que le féminicid  

Qu’est-ce que le féminicide ?

Qu’est-ce que le féminicide ?

(texte de Marcela Lagarde, pages 8 et 9)

Il est nécessaire de clarifier que le féminicide se produit dans des conditions de guerre et de paix.

La catégorie féminicide fait partie du bagage théorique féministe. Ses « synthétisatrices » sont Diana E.H. Russell et Jill Radford. Leur texte s’intitule Femicide.

Le féminicide est le génocide contre des femmes et il se produit quand on porte atteinte à l’intégrité, à la santé, aux libertés et à la vie des femmes. Dans le féminicide convergent, dans le temps et dans l’espace, des dommages contre les femmes réalisés par des connaissances et des inconnus, par des violents, violeurs et assassins, individuels et groupaux, occasionnels ou professionnels, qui conduisent à la mort cruelle de certaines des victimes. Les crimes ne sont pas tous arrangés ou réalisés par des assassins en série : il y en a des sériels et d’autres individuels, certains sont commis par des connaissances : conjoints, parents, fiancés, époux, accompagnateurs, famille, visiteurs, collègues et compagnons de travail ; mais aussi, ils sont perpétrés par des inconnus et des anonymes, et par des groupes mafieux de délinquants liés à des modes de vie violents et criminels. Cependant, tous ont en commun de considérer que les femmes sont utilisables et jetables, qu’on peut les ignorer et les maltraiter. Et, bien entendu, tous coïncident dans leur infinie cruauté.

Pour qu’il y ait féminicide, le silence, l’omission, la négligence et la collusion entre autorités chargées de prévenir et d’éradiquer ces crimes concourent de façon criminelle. Il y a féminicide quand l’État ne donne pas de garanties aux femmes et ne crée pas des conditions de sécurité pour leurs vies dans la communauté, à la maison, ni dans les lieux de travail, de transit ou de divertissements. Mieux encore, quand les autorités ne remplissent pas de façon efficace leurs fonctions. C’est pour cette raison que le féminicide est un crime d’État.

Le féminicide est façonné par l’atmosphère idéologique et sociale de machisme et de misogynie, de violence normalisée contre les femmes et par des absences légales et de politiques gouvernementales, ce qui génère des conditions de cohabitation non sécuritaires pour les femmes, met en danger leur vie et favorise l’ensemble des crimes que nous exigeons d’élucider et d’éliminer.

Contribuent au féminicide le silence social, l’inattention, l’idée qu’il y a des problèmes plus urgents, et la honte et la colère qui ne tendent pas à transformer les choses, mais plutôt à minimiser le fait et à démontrer que « les mortes » ne sont pas si nombreuses.

QU’APPELONS-NOUS FÉMINICIDE ? (Trad. envoyée par Rita)

Le féminicide est une infime partie de la violence faite contre les fillettes et les femmes en général et qui est l’aboutissement d’une situation caractérisée par la violation répétée et systématique des droits humains à l’égard des femmes. Son commun dénominateur est le suivant : les fillettes et les femmes sont violentées cruellement pour le seul fait d’être des femmes. Ce n’est qu’en certaines occasions qu’elles sont assassinées par une violence que l’on pourrait appeler d’ordre sociale ou pour des motifs personnels ou privés.

En accord avec Diane Russell et Jill Radford, les crimes sont présents partout dans le monde et sont la résultante de la violence misogyne portée à l’extrême et finalement, ils sont la représentation la plus visible des formes préalables du harcèlement, des mauvais traitements, des préjudices, de la répudiation, de la traque et de l’abandon à l’encontre de la femme.

Les sociétés passées et présentes ont converti le féminicide en une coutume et une pratique sociale qui méprisent et diminuent la valeur du genre féminin. On le constate à travers l’infanticide ou, plus près de nous, dans la pratique de l’avortement sélectif afin de favoriser la naissance de garçons au détriment de filles pour les couples qui ne peuvent donner naissance à plus d’un enfant.

L’explication du féminicide se trouve généralement dans cette explication : il est caractérisé autant par la suprématie masculine que par l’oppression, la discrimination, l’exploitation et surtout, l’exclusion sociales des filles et des femmes comme le propose la thèse de Haydee Birgin. Tout cela étant légitimé par une dévalorisation sociale, hostile et dégradante pour les femmes. Les jugements arbitraires et l’iniquité sociale s’ajoutent et renforcent l’impunité sociale et judiciaire en ce qui concerne les délits perpétrés contre les femmes.

C’est donc dire que la violence est présente de diverses formes tout le long de la vie des femmes. Après la commission d’un homicide, la violence continue de manière institutionnalisée à travers l’impunité qui caractérise tous les cas particuliers, spécialement au Mexique, en raison d’une succession d’assassinats de filles et de femmes depuis déjà plusieurs années (en fait, depuis plus d’une décade selon le début du recensement de ces assassinats).

Dans ce pays il y a eu des périodes de féminicides liées à des territoires et à des États spécifiques. Il n’y a que l’impunité qui puisse favoriser les conditions pour l’apparition de tels crimes et qui n’ont lieu qu’à l’égard des femmes. Chaque femme, fille ou femme assassinée avait préalablement expérimenté au cours de sa vie de multiples formes de violence et d’outrages à son intégrité, à sa dignité et qui ont porté atteinte conséquemment à sa liberté.

Les crimes et délits contres les filles et les femmes se commettent dans des sociétés ou des cercles sociaux dont les caractéristiques patriarcales et où la violation des droits humains sont monnaie courante et s’exacerbent de manière aigue. Généralement, elles s’articulent également avec d’autres conditions sociales et économiques très marginales où l’on retrouve aussi l’exclusion sociale, juridique et politique. Elles sont le produit et le résultat d’une organisation sociale basée sur la domination de l’homme à l’égard de la femme et qui est caractérisée par des formes aigues d’oppression de la femme. Cela apporte bien entendu ces mécanismes automatiques de dévalorisation, d’exclusion, de discrimination et d’exploitation auxquelles sont soumises les femmes et cela, pour le seul fait d’être justement des femmes.

Les assassinats incluent des filles et des femmes de tout âge, de conditions économiques et culturelles de toutes sortes. La majeure partie de ces femmes n’appartenaient pas à un groupe spécifique social ou délictuel en particulier mais furent les victimes de personnes connues de leur entourage aussi bien que par des inconnus.

Les assassinats de filles et de femmes furent aussi perpétrés à l’intérieur d’entités fédératives très diverses et possédant divers types de développement économique, social et culturel, dans des zones aussi bien urbaines que rurales, dans des zones de haute densité ou en banlieues, dans des zones frontalières du nord ou du sud ainsi que dans des zones situées en plein coeur du pays.

Cependant, à l’intérieur de cette diversité géographique, les filles et les femmes qui sont assassinées ont en commun un haut taux d’insécurité sociale et émotive, une vulnérabilité endémique et aucune protection sociale et institutionnelle. Elles demeurent dans des zones socialement dévastées où prédominent l’insécurité, où il y a la commission de délits de toutes sortes, où sévit l’illégalité comme forme de vie, où les pouvoirs sont factices et abusifs de la part des institutions ainsi que la disparition de l’État de droit.

Dans la majeure partie des entités fédératives du pays où les assassinats de filles et de femmes sont particulièrement criants, on retrouve aussi un haut taux de meurtres à égard des hommes. En ce sens, la situation de la carence de sécurité est alarmante dans ces zones où la violence se retrouve de toutes parts. On y voit se succéder des actes violents à égard de personnes qui n’ont souvent rien à voir avec cette dite violence. Ces assassinats barbares sont souvent associés à un type de délinquance organisé, au trafic d’êtres humains, de drogues, d’armes, d’argent, de marchandises de toutes sortes ainsi que la séquestration et la violence policière, militaire et paramilitaire qui culminent en meurtres de tout genre.

Dans le cas des femmes, en plus de se retrouver dans des conditions propices à la commission d’actes violents. La situation est aggravée par une violence familiale machiste et misogyne, en particulier de la violence conjugale présente dans toutes les formes de développement du couple (des fiançailles au mariage en passant par le concubinat et l’union libre), la prostitution forcée, la production et la consommation de pornographie.

Ces formes de violence sont la marque d’un haut rang d’exclusion sociale, de marginalisation, d’exploitation et d’extrême pauvreté chez la femme. Cette condition économique et sociale est un terreau fertile pour la mortalité féminine, autant maternelle qu’infantile car elle est due à une possibilité de croissance économique et sociale précaire et restreinte, à une malnutrition généralisée, à des souffrances de toutes sortes et à l’éclosion de maladies propices à de telles conditions d’insalubrité.

Jusqu’à maintenant, la “Commission Spéciale” a investigué la mort violente de filles et de femmes à travers le pays à partir d’informations et de données officielles. Cela a permis de se rendre compte de l’amplitude et de l’importance des conditions précaires de vie de la majorité des femmes qui vivent dans un tel milieu. La violence y règne comme un mode de vie intrinsèque pour toutes les femmes, qu’importe les classes sociales ou ethniques. C’est cet amalgame de conditions défavorables qui conduit généralement au féminicide.

L’attention insuffisante et inadéquate de la part des institutions officielles, en plus d’être inacceptable, aggrave souvent la problématique et encourage à la commission de tels actes.

En accord avec Belém Do Pará, la CEDAW et la conférence de Pékin + 10, la violence contre les filles et les femmes constituent un mécanisme de domination, de contrôle et d’oppression généralisée à l’égard des femmes.

À différents niveaux, toutes les femmes au Mexique sont assujetties au bon vouloir des hommes, des institutions, des familles, de toutes les formes d’organisations sociales et communautaires ainsi que de l’appareil d’État. L’inégalité du genre féminin est social et économique mais également juridique, politique et culturel. La dégradation, le traitement des femmes comme de simples objets mercantiles et non pas comme de véritables êtres humains sont des choses quotidiennes. Cette situation perdure à travers un mauvais traitement de tous les jours dans la famille et elles sont appliquées par des parents, des conjoints et même par des connaissances proches. Dans d’autres cercles sociaux, cette violence sera appliquée autant par des personnes connues qu’inconnues comme par exemple des personnes en position d’autorité, des fonctionnaires, des dirigeants, des professionnels, des collègues et des compagnons de travail.

La violence de cette espèce est présente autant au domicile familial que dans la rue, dans des endroits privés ou publics. Les stéréotypes de ce genre prévalent dans le champ des représentations sociales, culturelles et linguistiques. Ainsi, cette violence et ces stéréotypes sont véhiculés et diffusés à travers les moyens de communication par l’entremise de scientifiques, d’intellectuels et les artistes dans des productions scientifiques, de publicités, d’oeuvres artistiques et littéraires. On utilise aussi la radio, la télévision, le cinéma, la presse, les vidéos, Internet et toutes sortes de spectacles. Les investissements économiques dans la reproduction de la violence sont donc incommensurables.

De fait, les femmes sont presque toujours assujetties à des conditions d’inégalité et de soumission en plus d’être en constante insécurité émotive. La violence conjugale et familiale fait que la maison n’est plus un endroit sécuritaire. La violence publique fait que les centres éducatifs, communautaires, les rues, les endroits de divertissement, de réunion sociale ou culturelle, les moyens de transports, les différents quartiers, parcs et terrains vagues sont perçus comme étant des endroits tous potentiellement dangereux.

Il devient par ailleurs évident que le laps de temps où le risque est moindre d’être assaillie diminue toujours plus dans une journée et devient très limitée pour les femmes. Il est presque devenu une coutume généralisée qu’une femme ne peut plus marcher seule et doive être toujours accompagnée.

Le mauvais traitement fait aux femmes, les inégalités et les iniquités de toutes sortes prévalent aussi dans le milieu du travail, qu’il soit formel ou informel. On le retrouve aussi dans le domaine de l’éducation, l’accès aux soins de santé. Cela a un impact négatif sur le développement personnel et collectif des femmes et à l’accès de ces dernières à la distribution de la richesse collective ainsi qu’au pouvoir politique.

Cela signifie que la majorité des filles et des femmes sont plus pauvres que les hommes qui se situent dans la même strate de condition sociale. L’exploitation est plus grande chez les filles et les femmes en raison du manque de protection sociale et syndicale ainsi qu’à une organisation asymétrique du travail, à des journées de travail interminable, aux brèches salariales, à l’exploitation infantile ainsi qu’à une hiérarchie injuste dans le milieu du travail. Au Mexique, il est évident qu’il existe une féminisation de la pauvreté. Une grande partie des personnes analphabètes et unilingues sont des filles et des femmes. Même celles qui possèdent une excellente préparation professionnelle occupent des postes secondaires et reçoivent une rétribution moindre.

Les femmes sont sous-représentées dans le domaine public, dans les institutions et dans l’appareil d’État. Les cas sont très rares où une femme détient un poste dans l’État. Il n’y a qu’une seule femme au poste de gouverneur dans 33 entités fédérales et l’on n’atteint pas la barre des 25% pour la participation des femmes au Congrès, à peine 22,8% à la Chambre des Députés et 16% au Sénat.

Ce pourcentage est encore moindre dans la majorité des entités locales. De fait, le processus pour un accès plus égalitaire des droits des femmes est très inégal et hétérogène. Par exemple, au Mexique, c’est un fait que les femmes ont un poids et une condition politique moindre.

Les agressions, les châtiments corporels et la vengeance mesquine et gratuite sont devenus des droits réels exercés sur les femmes de la part des hommes. Cette idéologie, cette croyance, ces traditions et ces coutumes sont légitimés par l’État et la société en général et on prend pour acquis la suprématie de l’homme sur la femme. Cette dernière est préalablement infériorisée, mise en position inférieure et sous le contrôle des institutions sociales.

Tout au long de leur vie, les fillettes, les adolescentes, les jeunes, les femmes mûres et les personnes âgées sont l’objet d’agressions sexuelles, physiques, émotionnelles et verbales. La société considère naturelle cette violence, elle culpabilise les filles et les femmes, leur rappellent qu’elles sont les artisanes de leur propre malheur et exonère trop facilement les hommes de leurs responsabilités. En certaines occasions, on banalise cette violence en la ridiculisant, en la tournant en humour facile ou tout simplement en farces.

Dans divers cercles socioculturels, la violence fait partie intégrante des pratiques sociales. On la retrouve dans la relation entre les personnes, que ce soit entre des amis proches ou éloignés. Cette violence est fréquente et génératrice de toutes sortes de types de conflits.

Les hommes sont donc assignés à des rôles de dominateur tandis que les femmes sont assignées à un rôle de soumission sous toutes ses formes et ce, au détriment de ces derniers.

Ces rôles sociaux et ces positions dans l’échelle sociale dans lesquels sont enfermés l’homme et la femme sont le fruit de croyances purement idéologiques. De multiples thèses soutiennent que les problèmes de violence, de discrimination et d’exclusion des filles et des femmes sont dues à elles-mêmes. En ce qui concerne les hommes, les raisons seraient externes ou seraient semblables à l’absorption d’une quelconque drogue qui altéreraient ses facultés émotionnelles. Cela serait aussi dans la nature de l’homme de se comporter ainsi. La prédominance de ces dites croyances et explications empêche de faire une prise de conscience sur les réelles causes de cette violence et de cette oppression systématique afin d’apporter des mesures personnelles, sociales et institutionnelles pour éliminer cette violence. La société, les autorités, les filles et les femmes qui la subissent ne peuvent donc pas mettre sur pied des alternatives pour trouver des solutions à long terme.

En ce sens, on met sur pied diverses interprétations abracadabrantes et fallacieuses du problème et on met en pratique des mesures partielles, équivoques et inefficaces pour résoudre cette violence.

Les hommes sont éduqués socialement pour réagir avec violence à tout ce qui ne leur plaisent pas, lorsqu’ils se sentent impuissants ou lorsqu’ils sont confrontés à une trop grande concurrence. Ils réagissent également avec violence pour faire montre d’auto affirmation, de courage, d’orgueil et de pouvoir.

Les femmes tant qu’à elles sont éduquées pour supporter cette violence comme faisant partie de leur destin, à ne pas répondre à cette violence et à ne pas se défendre face à cette dernière.

Le machisme et la misogynie forment ainsi des “cellules” fondamentales de l’identité masculine jusqu’à devenir une forme d’identité nationale et de sexisme généralisé.

Les avancements sociaux de la femme, bien qu’insuffisants et inégalitaires, sont réels. Ces porgrès ont eu à faire face à beaucoup de rejet social et à des obstacles presque sans fin. Ils ont été peu à peu surmontés grâce à d’énormes efforts sociaux de la part des femmes elles-mêmes.

Malgré le fait que notre Constitution reconnaisse l’égalité entre les êtres humains (Article 4a) et à la non discrimination (Article 1), il prévaut encore dans notre pays beaucoup d’hostilité et de dévalorisation misogyne face aux femmes. Cela est attribuable entre autre à une vanité et à un orgueil machiste mais aussi à une grande tolérance à l’égard de la violence des hommes qui en font usage et qui profitent d’une grande latitude et d’une grande impunité.

Diverses idéologies justifient la violence chez l’homme comme étant une composante de son identité. On considère comme une obligation pour la femme de supporter la violence et de l’accepter, d’accepter aussi les inégalités, les traitements injustes, les injustices et le manque de droits et de liberté comme étant un trait moral et normal de l’identité féminine.

Dans la société et à l’intérieur de l’État il semble y avoir une reconnaissance de facto d’inégalité entre les droits humains de la femme. Cela inclue les droits sexuels, sociaux, économiques, civils et politiques. Ceux-ci sont pourtant universels mais ils sont constamment bafoués. Dans plusieurs entités fédérales, la violence contre les femmes n’est pas un délit et généralement, on ne reconnaît que du bout des lèvres la violence familiale. On ne reconnaît pas non plus juridiquement la violence spécifique faite aux femmes comme étant une violence bien réelle.

Tout ceci est le lot quotidien de la vie pour les femmes au Mexique. À chaque fois qu’augmente l’oppression et la violence faite aux femmes, celles-ci deviennent de plus en plus vulnérables et finalement, risquent ni plus ni moins d’être assassinées.

La base de ces crimes contre les femmes peuvent dès lors facilement croître dans de telles conditions de vie où les rôles des hommes et des femmes sont prédéterminés. Ces traitements sont présentement dénoncés avec véhémence par certaines organisations civiles mais malheureusement souvent en vain par les membres proches de la famille.


Les 5 articles les plus récent de la rubrique
Présentation de Marie-Hélène Côté, 14 mai 2005
Intervention de Gisèle Bourret
Intervention de Marie France Labrecque
Intervention de Marie-Hélène Côté

Tous les articles de la rubrique ]

atención estamos trabajando para mejorar el mundo   |   Valid XHTML! Valid CSS! SPIP! Optimisé pour Firefox