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Projet de société Algonquin [Le Devoir, 22/23.03.2008]

Le Devoir

Le samedi 22 et dimanche 23 janvier 2008

par Isabelle Porter

Un article sur la lutte de la Communauté Anicinape de Kitcisakik à avoir son propre village autochtone est paru à la une du Devoir le 22 et 23 mars 2008.

Le Projet Wanaki (« état de sérénité ») est l’espoire de cette communauté qui n’a jamais soumis au système de réserves et qui milite pour garder sa mode de vie traditionelle et son droit à l’autodétermination locale.

Projet de société Algonquin
Les Algonquins de Kitcisakik attendent le feu vert du fédéral pour lancer leur ambitieux projet de village

Lire l’article


Quelques réponses à l’article, tirées du site web du Devoir :

Rédigé le 22 mars 2008

Par Jean Desjardins

« En fait, ce qu’on a fait, c’est un projet de société. N’importe qui peut construire un village, mais nous on veut créer de la richesse, se payer des services plutôt que de dépendre du gouvernement. Dans le fond, la communauté s’est donné le droit de rêver. »

J’ai entendu monsieur Jimmy Papatie à la radio, hier.

Il y a longtemps que j’avais entendu un homme politique parler avec autant d’aplomb, de réflexion, de profondeur, de mesure et de vision. En fait, la dernière fois, c’était avec René Lévesque. Cet homme aime profondément son peuple. Quelle chance a cette communauté ! Monsieur Papatie est une bouffée d’air frais dans le paysage politique canadien dont devraient s’inspirer nos leaders actuels ’si évolués’, tant à Ottawa qu’à Québec !

Malheureusement, le silence politique auquel madame Porter fait allusion, dans son article, est une vieille tactique qui a fait ses preuves dans l’art de cultiver le statu quo et surtout, de ne pas se mouiller. Déjà, l’argumentation alambiquée qui émerge (« Il n’y a pas de décision de prise par rapport au projet... » ou encore, traduit en français plus limpide : « On ne veut pas créer de précédents... »), témoigne de l’incapacité chronique de cette si bonne Confédération canadienne de faciliter le développement de ses Sociétés distinctes. On se croirait encore à l’ère du colonialisme où la règle du jeu était d’imposer aux territoires découverts (ou conquis) une assimilation servile au dominant soi-disant ’évolué’ ou pire, au conquérant.

Je ne peux qu’applaudir à l’initiative de cette fière communauté de Kitcisakik et lui souhaiter de réussir dans la menée à terme de son projet de Société. Je suis d’avis qu’elle part du bon pied, ayant réussi à conserver sa dignité en refusant de s’emprisonner dans la dépendance débilitante des réserves, jusqu’à maintenant. La communauté se tient debout, de solides leaders pacifiques sont au rendez-vous. ...Les conditions gagnantes sont réunies !

Espérons que le peuple de Kitcisakik ne suivra pas la trace des Québécois qui se sont refusés par deux fois le droit de rêver ...avec l’aide des fausses promesses du fédéral.

Monsieur Papatie et gens de Kitcisakik, vous avez toute mon admiration. Veuillez recevoir mes hommages les plus chaleureux et je vous souhaite la meilleure des chances. Vous la méritez pleinement.

Vous avez fait ma semaine et je l’espère au plus haut point, vous nous serez une source d’inspiration pour les années qui viennent !


Rédigé le 22 mars 2008

Par Pierre Rousseau

On peut bien aller faire la guerre en Afghanistan ou montrer aux Irakiens comment faire du « fédéralisme » mais en tant que Canadiens nous ne sommes pas très convaincants quand une partie importante de notre population vit dans des conditions inacceptables, dignes de pays en voie de développement (et encore...). J’ai vécu dans l’Arctique canadien et j’y ai été témoin de situations comme celle des Algonquins de Kitcisakik où l’eau n’est même pas potable et où les maisons sont souvent insalubres et logent 3 fois plus de personnes que le nombre pour lesquelles elles avaient été construites.

Les politiques coloniales des gouvernements canadiens ont voulu éradiquer les cultures et les identités autochtones et les parquer dans des réserves jusqu’à ce qu’ils « s’émancipent » (synonyme pour s’assimilent à la majorité dominante). Par le fait même on a tenté de détruire leur capacité de se gouverner eux-mêmes et de s’occuper de leurs affaires. Aujourd’hui certains les envient parce qu’ils reçoivent des prestations des gouvernements et qu’ils ne paient pas de taxes... Je me demande s’ils aimeraient çà être complètement dépendants d’un gouvernement qui leur est étranger par sa culture et ses politiques coloniales et qui les laisse croupir dans l’insalubrité et la misère.

Il ne faut pas se leurrer : nous sommes dans un état qui perpétue le colonialisme envers ses populations autochtones et nous ne sommes pas en situation « post-coloniale » comme certains le laissent croire. Bien au contraire. Les Algonquins de Kitcikasik le savent très bien eux qui doivent dépendre d’un gouvernement qui les ignore pour se sortir de leur état tiers-mondiste. Ces gens-là n’ont jamais demandé d’être colonisés et ils n’ont jamais cédé leur territoire à la suite de traités ou d’ententes. Ils se sont toujours gouvernés eux-mêmes avant l’invasion européenne et maintenant qu’ils ont été placés en état de dépendance et qu’ils tentent de s’en sortir, on les ignore pour ce qui semble être des raisons « politiques ». C’est vraiment honteux et si le Canada est un exemple dans le monde, c’est surtout par ses politiques coloniales qui laissent croupir des peuples autochtones dans la dépendance et une misère abjecte. D’ailleurs, l’Afrique du Sud s’était inspiré de la loi canadienne sur les Indiens quand ils ont créé l’apartheid... Bel exemple, n’est-ce pas ? Et on veut répandre dans le monde notre savoir-faire ???

La clé pour les Algonquins et tous les autres autochtones pour se sortir de cet état colonial est de restaurer leur propre système de contrôle social, gérer leur vies et être maîtres chez eux (n’est-ce pas là une expression familière aux Québécois qui étaient là au début des années soixante ?). Ils doivent se sortir du carcan colonial et se gouverner eux-mêmes. Ils doivent avoir accès aux ressources de leurs territoires pour se développer. C’est pourtant simple mais çà ne fait pas l’affaire des gouvernements, qui veulent garder le contrôle sur ces ressources et sur la population autochtone. On va leur consentir une certaine autonomie gouvernementale après des décennies de négociations difficiles pour qu’ils récoltent des miettes lorsqu’ils sont épuisés et endettés (les négociations coûtent cher...). Mais ils sont très patients et les Nisga’a ont lutté pendant plus de cent ans pour enfin se gouverner eux-mêmes (comme leurs ancêtres l’avaient fait pendant des millénaires) et ils ont finalement atteint leur but récemment. Nous devrions donc nous occuper de nos propres affaires et travailler avec les peupels autochtones de partout au pays pour les soutenir dans leur marche vers l’autodétermination et alors là et seulement là pourrions-nous commencer à partager avec le reste du monde comment nous en sommes arrivés à un tel succès. Ce jour-là est malheureusement encore bien loin.


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