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De la diplomatie aux investissements étrangers : le double jeux du Canada

Le Couac – février 2006
Laura Handal Lopez et Maude Chalvin

Le Canada peut-il, sur la scène diplomatique, défendre son auréole d’apôtre des droits humains et de la démocratie tout en encourageant, sur la scène économique, des investissements à l’étranger qui bafouent les principes démocratiques en méprisant la volonté des populations locales et en hypothéquant leurs moyens de subsistance ? À coups de buffets d’honneurs et de discours, le Canada pavane sa démocratie au quatre coins de la planète. Toutefois, sa politique concernant les investissements à l’étranger a beaucoup plus d’impact sur l’état des droits humains dans le monde que ses somptueuses réceptions diplomatiques. En y regardant de plus près, « le pluss beau pays du monde » n’a rien à envier à son voisin du Sud.

De simples dommages collatéraux ?

Le gouvernement Canadien considère que les impacts environnementaux et sociaux qu’engendrent les projets économiques des entreprises Canadiennes à l’étranger sont négligeables. C’est ce qu’avait laissé entendre, en octobre 2005, le Ministère des Affaires étrangères en réponse aux recommandations émises par le Comité permanent des Affaires étrangères et du Commerce international (CPAECI). Dans son rapport, le Comité encourage le gouvernement à prendre les mesures nécessaires pour s’assurer que les compagnies minières canadiennes respectent les droits humains et l’environnement dans leurs activités à l’étranger.

Il n’est donc pas surprenant de voir les délégués du gouvernement canadien à la Banque Mondiale approuver des prêts destinés à des projets miniers canadiens qui bafouent les droits sociaux et démocratiques des communautés locales, ni de voir les ambassades canadiennes se ranger derrière les compagnies minières lorsqu’il est question d’approuver un code d’éthique obligatoire pour ses entreprises. En effet, malgré les recommandations du CPAECI, le gouvernement préfère s’en remettre au bon vouloir des compagnies minières en espérant qu’elles daigneront s’imposer elles-mêmes un code de conduite responsable.

Bien que les firmes canadiennes refusent pour la plupart d’entreprendre un réel processus de consultation auprès des populations locales (contrevenant par ce fait à la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail), les communautés affectées par les projets miniers s’affirment. À Tambogrande au Pérou, par exemple, la transnationale canadienne Manhattan Minerals s’est vue dans l’obligation d’avorter son projet minier en raison des fortes mobilisations populaires.

Il faut dire que dès le début du processus d’exploration en 1999, Manhattan Minerals a fait face à une opposition croissante. C’est que les territoires convoités comprennent des zones urbaines ainsi que des centaines d’hectares de terre agricole appartenant à la petite paysannerie de la région. Le projet aurait engendré la délocalisation de 8 000 habitants, le détournement d’une rivière et la contamination des sources d’eau potable, sans parler des autres impacts environnementaux et des enjeux liés à la santé publique.

Face à cette situation, le Front de Défense de Tambogrande prend l’initiative en juin 2002 d’organiser un référendum lors duquel la population de la région vote à 98% contre la construction de la mine. Bien que les représentants de la compagnie et du ministère de l’Énergie et des Mines aient, dans un premier temps, refusé de reconnaître la légitimité des résultats, le président péruvien Toledo fini par céder sous la pression populaire et retire à Manhattan Minerals les droits d’exploitation.

Ainsi, bien que le Canada encourage la démocratie et les droits humains à l’échelle internationale, il refuse le droit à bien des sociétés de déterminer leur propre mode de développement. Même les communautés autochtones du Canada n’y échappent pas... On n’a qu’à penser au cas de Kanesahtake, en banlieue de Montréal, où Niocan souhaite développer un projet minier qui contrevient aux traités signés entre la communauté mohawk et le gouvernement canadien.


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